Blog

Photographier la nature : pour quoi faire ?

Du plus loin que je me souvienne, l'évocation des moments passés au contact de la nature a toujours été empreinte de nostalgie : avec en prime, bien évidemment, toute l'exagération qu'il est convenu d'apporter à ce genre de remémorations. Qui est absolument certain de ne pas avoir exagéré le goût fabuleux des fruits cueillis sur les arbres de son enfance, la couleur extraordinaire du ciel de ses vacances, ou encore la longueur du serpent qu'il a furtivement aperçu  ?

En ce sens, la photographie permet de remettre un peu d'ordre dans les mémoires : car si les pellicules ou les capteurs numériques ne peuvent enregistrer les ambiances dans leurs totalité, ( d'ailleurs sommes nous nous-mêmes capables de le faire ? ) il n'en demeure pas moins qu'ils sont tout à fait en mesure d'enregistrer une scène naturelle, avec une foule de détails que le cerveau humain ne saurait ni capter sur l'instant, ni forcément retenir par la suite. Ainsi, lors de scéances de prises de vues, il arrive fréquemment que l'on soit si concentré sur le sujet principal dans le viseur, que l'on ne prenne pas garde aux éléments gênants, pourtant présents dans le cadre, et susceptibles éventuellement d'altérer l'image finale. Dans ce cas, comment peut-on espérer mémoriser la multitude de détails qui composent quelquefois une scène photographique naturelle ?

Bien entendu, avec l'expérience on apprend à gérer les facteurs qui composent une bonne image : décentrer les sujets principaux, exclure du champ des lumières parasites ou des éléments de végétation, chercher un angle évitant les désagréments de la vue en plongée sur les petits sujets, ou, plus simplement, pour fuir la lumière directe qui écrase et plaque le sujet principal dans son environnement. En clair : tout ce qui différencie une bonne photographie d'une image ordinaire. Ce faisant on entre tout doucement dans un monde pictural où l'improvisation va prendre de moins en moins d 'importance, pour laisser place à l'imagination, et/ou à la réalisation d'un témoignage le plus authentique possible.

Le monde de l'image de nature vient ainsi au secours de la mémoire : la photographie permet de figer une scène naturelle pour l'éternité, et c'est là son rôle principal . Car même si les teintes ou le niveau des détails enregistrés ne sont pas parfaits, le résultat est tout de même plus fidèle que les "clichés" gardés en mémoire, qui s'estompent progressivement devant les nouvelles scènes qui s'enchaînent et se succèdent au fil du temps. D'ailleurs les anciens naturalistes, dépourvus de technologie et férus de rencontres naturelles, ne dessinaient t'ils pas pour conserver un témoignage des scènes et des comportements qu'ils observaient ?

Traduire les émotions vécues au cours des immersions dans la nature et des rencontres avec la faune est le rôle de l'image, notamment lorsqu'elle concerne des approches ou des affûts effectués dans le but de côtoyer des animaux sauvages. En rapporter un fidèle témoignage avec des images bien faites, techniquement et esthétiquement, est un exercice passionnant : c'est sans doute la raison principale qui a poussé bien des naturalistes vers cette activité.

Conserver des souvenirs de certains moments forts passés au contact de la faune sauvage, ou réaliser des images de lumières extraordinaires, comme celles que l'on peut observer au coucher ou au lever du soleil, motive certainement la plupart des photographes de nature. Bien évidemment, il existe d'autres motivations qui peuvent conduire des photographes vers la nature : cela va de la réalisation d'une collection d'images, au simple besoin de vivre autrement qu'en civilisé quelques heures par semaine, en passant par les férus de technologie photographique et les spécialistes d'une espèce animale ou végétale donnée. Chaque photographe semble trouver son compte dans le monde naturel, peut-être et ausi tout simplement parce que c'est son milieu d'origine, là où sont ancrées ses propres racines.

 

Une éthique pour la photographie de nature ?

Fixer des règles pour les activités humaines a toujours été d'actualité, et même dans certains cas absolument nécessaire pour que l'activité puisse perdurer ( code de la route, etc...) !

Dans un domaine comme celui de la photographie de nature cela a pu sembler inutile jusqu'à ces dernières années, car avant "internet" la nature des relations entretenues par les photographes avec leurs sujets demeurait relativement confidentielle.

Pourtant, il s'avère qu'aujourd'hui, notamment à cause du nombre grandissant de néo-pratiquants, des problèmes surviennent régulièrement : sur-fréquentations de sites naturels sensibles, squattages massifs d'observatoires, et comportements ineptes de photographes peu scrupuleux sur la manière d'obtenir des images.

Ne nions pas que ces comportements aient jamais existé par le passé, mais ils restaient marginaux du fait de la confidentialité de l'activité, et en tout cas n'étaient pas médiatisés aussi largement et rapidement qu'aujourd'hui.

Pour briller sur un forum communautaire, pour commercialiser son livre, ou pour voir ses images publiées, tout à chacun peut éventuellement se laisser tenter par l'obtention d'images "faciles", réalisées sur des spots connus, dans des affûts payants, à l'occasion de safaris organisés, ou dans des parcs animaliers aménagés pour les photographes. Rien de quoi justifier jusqu'ici le respect d'une quelconque éthique, puisqu'aucune règle particulière n'est transgressée !

En fait, les polémiques tournent autour du problème suivant : les images obtenues de cette manière seront estampillées "image de nature", tout comme celle du photographe qui aura fait les siennes dans la nature, en mettant en oeuvre ses propres capacités et connaissances pour y parvenir.

Soyons clairs : souvent rien ne permet de distinguer sur des images bien faites, celles qui sont issues d'une quête naturaliste de celles qui sont obtenues "facilement", et puis rien n'interdit à quelqu'un de faire ses images là où il l'entend !

Par contre, certaines pratiques utilisées dans des affûts payants ou sur des hot spots, sont carrément dangereuses pour les espèces visées : c'est le cas pour les poissons flottants fourrés au polystyrène que l'on jette aux pygargues, et dont on feint d'ignorer les dégâts qu'ils peuvent commettre en cas d'ingestion ! Les truites "arc en ciel" d'élevage nourries aux granulés ( quelquefois baptisée "saumons"par certains photographes peu à cheval sur la systématique !) que l'on offre aux balbuzards dans les bassines des affûts payants.Tout comme les chouettes harfangs et lapones, appâtées à la souris vivante jetée à la canne à pêche sur la neige, de manière à attirer les rapaces en vol vers les photographes ! En dehors du fait que l'on martyrise une souris, que l'on traîne sur la neige par un fil à la patte, on ne s'inquiète guère de savoir quelles conséquences va avoir cet apport massif et régulier de nourriture artificielle sur le futur comportement des ces oiseaux : vont t' ils déserter d'autres sites de chasse où leur absence de prédation aura un impact sur l'équilibre l'environnemental, que risquent t'ils une fois regroupés ainsi si personne ne vient plus les nourrir, que génèrera ce regroupement d'oiseaux en terme de propagation de germes, bactéries et virus, qui finissent de s'aglutinner sur les poteaux perchoirs, et surtout quelle conséquence aura cette proximité forcée pour des oiseaux habituellement solitaires hors période de reproduction ? Enfin, et c'est valable pour tous les appâts carnés, quels qu'ils soient : ont t'ils un impact dans le temps sur la santé d'espèces sauvages qui ne consomment normalement pas d'animaux issus d'élevages intensifs, dont on connaît les inconvénients: sélection génétique, nourriture industrielle médicamenteuse, animaux malades ou porteurs de germes, et j'en passe !

On est tenté de penser que tout cela reste marginal et que ça permet même à certaines espèces de prédateurs sauvages de survivre : sauf que ces installations et ces pratiques se multipient, en même temps que le nombre de pratiquants augmente ! Tous les gens de terrain savent bien que les risques d'imprégnation pour les animaux sauvages ainsi nourris sont bien réels. La loi de la prédation est la même pour toutes les espèces : elle s'exerce en priorité sur les proies les plus faciles. Les ours nourris sur des charniers peuvent devenir dangereux pour les humains ( voir les exemples aux USA ), les rapaces imprégnés n'ont plus peur de s'approcher des hommes, des élevages ou des piscultures, et ils risquent d'y causer des problèmes qui se solderont bien souvent par leur destruction ! N'oublions pas que les détracteurs de la faune sauvage sont représentés par de puissants lobbies, très actifs auprès de nos hommes politiques, et que des prétextes pour éradiquer les prédateurs sauvages sont recherchés par tout un tas de groupes de pression ( chasse, agriculture, sylviculture, pisciculture,etc..).

En se fixant une éthique et en choisissant de ne pas pratiquer de telle ou telle manière, on ne contribuera pas à créer ces justifications : car il y a une différence entre donner quelques kilos de graines à des passereaux pour les aider à passer l'hiver, et un nourrissage massif et régulier d'espèces carnivores prédatrices !

Je me souviens d'une expérience personnelle particulièrement pénible : j'avais jeté quelques croquettes pour chats à un renardeau curieux venu jusqu'à ma porte. Mal m'en a pris, quelques jours plus tard mon voisin l'a tué alors qu'il se trouvait à ses pieds, imaginant sans doute que tous les hommes portent le même regard sur la biodiversité...

 

 

Concours photo : le mythe de la vague à surfer....

Les concours de photographies de nature ont le vent en poupe et fleurissent un peu partout, comme jadis les concours de photographie généraliste.

Avec une nouveauté cependant: l'apparition et la mulitiplication des concours à participation payante !

Une sorte de "loterie", où l'on fait financer par les participants une exposition/manifestation ouverte au public gratuitement, organisée par un staff qui joue sur le besoin de reconnaissance qu'ont tous les artistes, et en particulier les photographes de nature, pour s'offrir à bon compte un événement local . Imaginez un spectacle où se sont les artistes qui vous payent pour que vous veniez les voir....

Cela dit, Il est tentant de participer à un concours lorsqu'on pense avoir réalisé quelques images originales, rares, et/ou particulièrement esthétiques. Mais il ne faut pas oublier que le monde de l'image de nature est un microcosme où tout le monde se connaît, et qu'il convient d'en tenir compte dans le choix des images que l'on présentera aux jurys. Jurys composés de photographes connus et de personnalités des médias, qui connaissent donc forcément beaucoup d'anciens lauréats de concours.

Les conséquences de la composition de tels jurys c'est que ne "passent" que les images véritablement originales pour les néo-participants, par contre pour les photographes déjà connus, et qui participent régulièrement, c'est un peu la valse des chaises musicales : selon la composition des jurys, on retrouve d'années en années, et plus ou moins régulièrement dans le temps, les mêmes noms parmi les primés.

Je ne sais pas si ça fera sourire tout le monde, mais en tous cas c'est un fait bien établi : les membres d'un jury qui connaissent un ou plusieurs des participants, reconnaissent forcément leurs images, car ils sont informés de l'actualité photographique de ces derniers, et ont donc un appriori favorable sur leur travail ! C'est à la fois inévitable et normal, mais ça fausse un peu la sélection des images et les résultats, et en tous cas prive le travail des autres participants d'une attention identique.

Sans entrer dans un débat sur les concours "truqués", qui n'existent pas bien entendu, il est intéressant d'observer les réactions des participants non primés qui interprètent les résultats des concours: car si voir une de ses images primée dans un coucours prestigieux fait le bonheur de bien des photographes, voir celles des autres gagner est une autre affaire, surtout lorsqu'on participe régulièrement !

Ainsi, on peut voir un certains nombre de gens s'épancher régulièrement sur les forums et les réseaux sociaux, à chaque fois que les résultats des concours "tombent" et que leurs images n'ont pas retenu l'attention des jurys : "je ne comprends pas, ça fait trois fois que je présente cette image exceptionnelle et elle ne passe pas", " mes images sont largement aussi belles que celles qui ont gagné !", "de toute façon, c'est truqué, autrement j'aurais été primé avec mon image de Harfang, aussi belle que celle de ........", etc.....

Ces réactions appellent au moins deux questions :

Est-il simplement possible de faire une analyse objective des choix subjectifs effectués par d'autres ?

Quel est la valeur du regard que l'on porte sur son propre travail ?

A croire que certains ont tout simplement oublié que participer à un concours ou une compétition, c'est prendre le risque de ne pas gagner...

 

 

 

 

Publier un livre :

Un challenge pour un photographe naturaliste : publier "son" livre...

Avant de décider de publier, que ce soit à compte d'auteur, ou en édition participative, il convient de bien saisir les nuances qui sont contenues dans les réponses des maisons d'éditions à qui vous avez adressé votre projet en images, et votre éventuel manuscrit : " avez-vous un réseau ?", "avez vous déjà été publié ?", "votre manuscrit nous a beaucoup intéressé, nous avons décidé de publier votre livre", "vous avez une écriture très fluide et vous devez avoir de l'expérience dans ce domaine", etc..."Nous allons vous envoyer un contrat avec nos conditions".

Pour certaines maisons d'éditions, c'est la direction qui vous appelle en direct pour discuter de votre projet, tâter un peu le terrain pour savoir où vous en êtes en terme d'informations sur les conditions de publication, et pour finalement apprécier s'il est utile ou non de vous faire une proposition commerciale.

D'autres sont très honnêtes et vous annoncent clairement que votre projet est super, mais que la cible commerciale qui les ferait vous éditer n'existe pas, ou du moins pas encore, et n'existera peut-être jamais, que la diffusion de votre livre sera confidentielle et restreinte à votre entourage, votre réseau personnel et professionnel.

S'en suit dans tous les cas un courrier contenant une facture de plusieurs milliers d'euros, et un contrat d'éditeur qui ne s'engage que sur la mise page, la correction, la conception du livre, et un peu de communication auprès de son réseau de libraires. Autrement dit, dans les faits vous vous offrez quelques centaines de bouquins qu'il va falloir diffuser seul, sans avoir aucune expérience commerciale dans le domaine du livre.

Bon, ça calme un peu au début, puis on réfléchit : pour quelles raisons publier un livre et quel livre ?

S'agissant des livres de photographies de nature: il en existe de nombreux, publiés par des photographes connus sur le plan national et/ou international, et beaucoup d'autres par des inconnus. Mais en tout cas l'offre est pléthorique. Venir ajouter le sien à cette longue liste, sans aucun préalable de popularité pour le justifier, relève d'une prise de risque financière importante.

Ensuite se pose la question du thème principal abordé dans la publication : en général un photographe de nature peut publier deux sortes de livres, l'un composé d'images regroupées autour d'un thème ou d'un sujet en particulier, ou tenter l' expérience qui consiste à réaliser un livre technique sur le matériel et les prises de vue en milieu naturel. Cette dernière publication ne peut se concevoir, pour être crédible, que si l'on dispose d'une expérience personnelle solide dans le domaine concerné : voir des débutants, ou des photographes opérants en affûts et voyages payants, réaliser de tels ouvrages est impensable. Mais ça existe ! On peut voir des ouvrages techniques publiés par des pratiquants qui ont découvert la photographie de nature dans les affûts de Bence Maté...A moins d'avoir pu pouvoir se consacrer à temps complet à cette activité pendant de nombreuses années, il est impossible pour un photographe de présenter une diversité importante d'espèces, c'est donc en général chez les pratiquants les plus expérimentés que se trouveront les plus importantes collections d'images, et par conséquent les meilleures sources d'information sur la pratique

Mais dans ce cas comment un photographe inexpérimenté peut procéder pour que son livre paraisse crédible ? En fait il lui suffit de présenter des techniques connues de prise de vue en milieu naturel, qu'il n'a jamais mises en oeuvre lui-même, en les illustrant avec des images réalisées facilement et rapidement en affûts payants, ou sur des hot spots. Donnant ainsi l'illusion aux lecteurs qu'il maîtrise parfaitement toutes les techniques invoquées, en les illustrant avec un flux d'images important et varié. Les autres subterfuges sont bien connus : certaines images présentées dans des livres traitants de ce sujet ont été réalisées dans des parcs de vision, des zoos, ou faites dans la nature avec des animaux apprivoisés. .

Comment doit t'on analyser ce comportement ?

Le problème de fond pour un photographe de nature qui veut rapidement se faire connaître, c'est l'expérience ! Hélas pour les gens pressés, cette dernière ne s'acquiert qu'avec le temps, et le temps est l'ennemi de la vague sur laquelle on veut surfer quand on a gagné un concours photo, ou que l'on vient tout juste de se faire connaître grâce à une publication.

Mon propos correspond à une réalité qui vient régulièrement entâcher le microcosme de la photographie de nature, qui n'a plus rien de "naturelle" pour les photographes avides d'images faciles, dont le comportement par rapport au discours tenu dans les médias est assez discordant.

A mon sens, pour faire un livre il faut de l'expérience : des compétences techniques à partager et réellement mises en oeuvre, également de quoi partager des émotions vécues sur le terrain, de quoi donner à rêver ou à méditer sur les relations que l'on peut entretenir avec la faune sauvage, de quoi servir à engager une démarche respectueuse de l'environnement dans lequel on se fondra pour réaliser des images, et de quoi faire émerger une sensibilité aux images naturellement obtenues. Egalement de quoi donner envie d'acquérir les connaissances naturalistes qui seront nécéssaires à une démarche qui se voudra éventuellement complète.

C'est donc un livre comportant beaucoup de textes et d'explications qui sera utile aux néo-pratiquants, car aujourd'hui les images en elles-même ne veulent plus rien dire dans l'absolu, dans la mesure où elles peuvent être obtenues facilement par des moyens détournés, et qui en tout cas, n'augurent pas forcément des compétences techniques et naturalistiques de leurs auteurs.

Un néo-pratiquant aura autant besoin de pédagogie, que de conseils techniques, ou de connaissances naturalistes. Malheureusement, la recherche de spots faciles constitue souvent une préoccupation majeure lorsqu'on débute, car tout le monde est persuadé que les bons coins font les bonnes images. Mais les choses ne sont pas si simples : il suffit de voir ce qui ressort d'un affût partagé, où sur un même sujet, chaque photographe aura fait des images différentes, tant en terme de qualité technique, que de cadrage, d'angles de prise de vue et de gestion de la lumière.

Se priver d'acquérir sa propre expérience, dans un domaine aussi sensible que celui de l'image de nature, c'est passer sur une étape primordiale : celle qui vous fera reconnaîtres et interpréter des indices naturels afin de découvrir vos sujets, vous fera les chercher aux bons endroits en fonction des saisons, de la lumière et du vent, vous donnera l'habitude de choisir les bons postes d'affût, vous fera au final communier avec l'ensemble des êtres vivants dans un biotope donné pour comprendre ce qui s'y passe et opérer en conséquence.

Tout cela ne s'apprend pas dans un livre, mais certaines publications peuvent donner envie de s'immerger dans la nature, d'en devenir un spectateur privilégié et d'en rapporter des images...

 

 

Artistique ou documentaire ?

La photographie de nature permet des expressions différentes : en effet, selon que l'on soit attiré par l'aspect esthétique des espèces et de leurs environnements, ou tout simplement par les rencontres naturelles avec les animaux sauvages, on peut être éventuellement amené à réaliser des images complètement différentes.

Ce n'est bien sûr pas systématique, mais la tendance générale fait que certains photographes ont leur propre style, souvent artistique et assez figé, voir stéréotypé, alors que d'autres sont plus perméables aux ambiances et aux lumières dans lesquelles évoluent leurs sujets, et réalisent des images assez variées, allant du très gros plan bien détaillé, jusqu'à la silhouette d'un sujet dans une lumière choisie .

Il n'est pas utile d'opposer les adeptes de la recherche d'esthétisme aux naturalistes, qui privilégient les détails sur leurs images sans renoncer pour autant aux qualités picturales de leurs sujets, car ces expressions relèvent de sensibilités différentes, et en tout cas, d'une façon particulière de restituer les émotions vécues sur le terrain.

Qualifier le travail des naturalistes de "photographie documentaire" revient à établir une hiérachie entre les différents pratiquants, élévant bien sûr celle des "artistes" au premier rang, en oubliant que le travail des naturalistes est bien plus complexe et fastidieux que celui de ceux qui cherchent simplement à faire de belles images.

Malheureusement la multiplications des concours de photographie de nature, et la surmédiatisation des images primées, ont fini par imposer un style à l'image de nature, qui consiste à rechercher presque systématiquement l'esthétisme et l'originalité, dans les images destinées à être présentées aux jurys.

La conséquence négative de cette mode est que beaucoup de néo-pratiquants s'enferment dans cette recherche d'esthétisme, privilégiant les images au style épuré, alliant les plans lointains, aux compositions audacieuses et aux lumières "choisies", souvent réalisées aux téléobjectifs afin de favoriser une faible profondeur de champ et des fonds flous harmonieux.

Si ces images sont belles, elles ne sont néanmoins pas représentatives de l'activité de photographie de nature : les images primées dans les concours ne sont pas forcément celles que préfèrent réaliser les photographes naturalistes, mais pour se faire un nom et commercialiser leurs images, beaucoup de photographes sont passés par cette  étape devenue quasi incontournable.

La multiplication des images d'ambiances, typiquement "ombres chinoises" de sujets lointains dans une lumière "travaillée", ou de proxy photos à profondeur de champ si étroite que l'on ne reconnait plus les sujets, est devenue à mon sens réductrice, et peu à même de valoriser le travail de recherche de qualité qui avait amené la plupart des photographes à cette spécialité.

Les photographes de nature sont capables de réaliser toutes sortes d'images, sans s'enfermer dans un genre particulier, et je pense que c'est une grande qualité : il est important de ne pas oublier qu'un bon photographe de nature, c'est avant tout quelqu'un qui sera capable de rapporter de bonnes images d'une situation, d'un sujet choisi ou d'une rencontre naturelle, et ce quel que soit le matériel à sa disposition à ce moment là !

Maîtriser toute sorte de matériel photographique et être capable de faire des images dans n'importe quelle situation, en inventant des outils et en adaptant ceux qui existent, demeurent les qualités premières du photographe de nature, devant la multiplicité des sujets existants, de leurs moeurs et de leurs environnements.

 

 

 

 

 

Le point sur le matériel : formats usuels et focales.

Pour rappel :

 Les focales des objectifs exprimées en millimètres correspondent à leur grossissement, soi par 10 fois environ pour un 500mm, par rapport à la couverture du format 24X36 pour lequel ils ont été dévelloppés.  La grande majorité des objectifs commercialisés depuis l'avènement de ce format issu de la technologie argentique, ont été construits pour former une image capable de couvrir un cercle de 43 mm de diamètre (diagonale du format 24X36). Qu'advient t'il de ces objectifs lorsqu'on les monte sur des boitiers numériques pourvus de petits capteurs 16X24 (diagonale 28mm )?

Il faut bien comprendre qu'à tirage mécanique égal ( distance entre le plan du capteur et la monture arrière de l'objectif) un objectif monté sur des boitiers différents ne change ni de focale, ni d'angle de champ, ni de luminosité. Donc passer d'un boitier à monture FX (pour nikon) à un autre de format DX ne modifie pas les caractéristiques optiques et mécaniques d'un objectif donné.

Par contre, les angles de champ résultants et les champs cadrés ne seront plus les mêmes pour un point de vue donné, seule l'ouverture F reste la même ( pas de perte de luminosité ).

Pour des raisons pratiques, les fabriquants ont conçu des objectifs spécifiques aux petits formats et ont fait le choix de conserver les mêmes échelles de distances focales exprimées en millimètre. Cela veut dire qu'un 18 mm prévu pour le format DX cadrera comme un 27 mm de format FX ( facteur de 1,5 pour le recadrage ); le même objectif monté sur un FX  ne pourra pas couvrir la totalité du format, les bords et les coins de l'image seront noirs, car il est conçu pour couvrir un cercle d'environ 30mm.

Conséquences pratiques des associations d'objectifs et de boitiers/capteurs de format différents :

Un 300 mm va cadrer, à distance égale, comme un 450 mm lorsqu'il sera monté sur un format DX Nikon ( 480 mm chez Canon dont le facteur de recadrage est de 1,6 fois, 600 mm chez Olympus dont le facteur est de 2 fois) sans perte de lumière, puisque le phénomène concerne un recadrage interne au boitier et non une multiplication de focale, comme on l'entend dire trop souvent et à tort !

Lorsqu'il y a multiplication de focale, par l'adjonction d'un complément optique TC14 ou TC 20 chez Nikon, le grossissement de l'objectif change et il y a perte de une à deux valeurs de luminosité ( 500/F4mm avec TC 14 = 700/5,6 mm, avec un grossissement optique réel de 14 fois ).

Concrètement, le petit format permet pour un même point de vue (distance entre l'appareil et le sujet )de cadrer plus serré. Autrement dit : pour obtenir un cadrage identique à celui d' un FX, l'opérateur doit reculer et se trouve plus éloigné de son sujet. D'où une profondeur de champ plus importante en DX qu'en FX ( la profondeur de champ augmente avec la distance ), et des fond flous ( bokeh ) plus marqués par les éléments éventuellements situés en arrière plan de l'image.

Ce format DX lié au petit capteur est très utile, par exemple pour photographier les petits animaux en proxy et macrophoto, car avec des objectifs macro standard le rapport 1 est obtenu à une distance plus grande qu'en FX, facilitant l'approche et l'éclairage des sujets, et également pour cadrer au téléobjectif des espèces de petites tailles difficiles à approcher.

Par contre, il n'y a pas l'effet multiplicateur qui grossit l'image comme avec un complément optique, et de ce fait la confirmation du point n'est pas facile à faire au téléobjectif sur des sujets lointains, ni  avec les viseurs à faible grossissement qui caractérisent certains boitiers DX.

D'autre part, la course aux pixels engagée par les marques, en demande toujours plus aux objectifs, et ce n'est pas sans conséquences sur certaines associations : ainsi, pour un même objectif , 24 millions de photosites sur un format FX d'une surface de 864 mm2, c'est moins contraignant à discerner que 24 millions sur un DX de seulement 384 mm2 !

Nous sommes passés de 6 mpx à 36mpx en une dizaine d'année, et ce n'est pas fini !

Pour comprendre les autres aspects techniques,liés aux caractéristiques des objectifs, et de sujets plus complexes car concernant les automatismes tels que l'autofocus et la stabilisation, je vous conseille de visiter le site internet de Pierre TOSCANI. ( voir dans la rubrique des liens )

Forums communautaires: attention !

La mode est aux forums communautaires, y compris dans le domaine de l'image de nature, et beaucoup d'entre nous peuvent être tentés par la perspective d'échanger avec des pairs autours de leurs images ou de leurs sujets de prédilection, ou encore à propos des aspects techniques de la prise de vue en milieu naturel et des relations qu'entretiennent les photographes avec les autres utilisateurs de la nature. 

Les motivations des personnes qui décident de s'inscrire sur les forums pour poster leurs images ou leurs sujets de discussions sont extrèmement variées et l'on peut y rencontrer absolument toute sorte de gens ! Des pros de l'image de nature, seuls ou accompagnés de leurs apprentis, qui viennent faire leur publicité pour vendre du safari ou d'autres prestations photographiques, des débutants qui viennent avec des images maladroites en pensant se faire encourager ou aider pour s'améliorer, et des photographes confirmés qui viennent simplement montrer leur travail : car on oublie souvent que les images sont d'abord faites pour être regardées !

D'autres sujets sont aussi régulièrement abordés sur ces forums, comme la législation en matière de protection des espèces et des habitats naturels, ou des activités comme la chasse et la destructions des espèces classées nuisibles par les arrêtés préfectoraux. Ou encore des sujets tout aussi prégnants comme ceux qui traitent de l'éthique, ou encore des résultats des concours photos et de leur organisation....C'est surtout là que ça se complique pour ceux qui souhaitent s'exprimer en toute liberté sur ces sujets, ou qui souhaitent simplement faire passer des messages pédagogiques et partager des connaissances naturalistes. Le forum, qui pourrait sembler au départ comme un bon moyen pour partager une passion, s'avère finalement être une galère de premier choix ! Cachées derrière des pseudonymes les personnalités les plus "amères" s'y lâchent sans retenue: critiques ciblées de mauvais goût et attaques personnelles fusent comme dans une cour de collège, proférées la plupart du temps par des sexagénaires qui s'ennuient chez eux ou par des "vedettes" locales en mal de reconnaissance. S'en suit des polémiques sans fin qui prêtent à rire dans un premier temps, puis qui deviennent lassantes et finissent par faire déguerpir les plus motivés.

N'envisagez donc pas ces forums comme autre chose que des galeries d'images, où chaque membre vient montrer son travail dans une vitrine gracieusement mise à disposition, sinon vous serez forcément déçu. Car, qu'il soit géré dans un but commercial par une revue spécialisée dans l'image de nature ou à vocation de partage par une communauté de photographes, un forum d'images reste un lieu privé, géré par un "staff" de modération qui fait ce qu'il veut des images et des commentaires que vous venez poster, et se garde le droit de supprimer ce que bon lui semble, ou encore de tolérer des uns ce qu'il n'acceptera pas des autres ( comprenez que les modérateurs sont des êtres humains qui ont aussi des amis parmi les membres du forum...)

 

Ainsi, la distribution de "galons" (classements, grades, étoiles ou rangs ) peut se faire automatiquement en fonction du nombre de messages postés, mais aussi à la discrétion des administrateurs, et d'une manière qui peut quelquefois paraître complètement ridicule, tant la distinction qui vient qualifier un membre peut être disproportionnée par rapport à ses réelles capacités ou qualités ( l'amitié peut aussi être aveugle chez les administrateurs de forums).

Autre caractéristique amusante et remarquable des forums d'images : le compteur de vues ! Certaines personnes semblent y attacher une grande importance et adoptent des stratégies qui leur permettent d'augmenter leur nombre de vues de façon étonnante : j'ai remarqué jusqu'à 250 000  vues en une seule nuit sur un fil de discussion ! des administrateurs bienveillants auront sans doute voulu faire plaisir à un ami...

Comme vous l'aurez compris, un forum d'images de nature n' est finalement rien d'autre que le miroir d'une société en réduction, où les relations humaines affichent les mêmes difficultés que dans la vraie vie Sourire !

Heureusement, on y rencontre aussi des gens très sympas, dommage que ce soit virtuellement la plupart du temps...

 

La photographie de nature au service de la biodiversité : Mythe ou réalité ?

La question qui fâche : le voeu de tout photographe de nature est-t'il de croire que ses images vont changer la façon dont on regardera le monde naturel ?

Qu'en est-t'il réellement ?

Tout d'abord, je pense que dans notre monde moderne, où l'utilisation de l'image est devenue incontournable, nul ne peut prétendre se passer de ce mode de communication sans courir le risque de voir son message sombrer dans le néant !

D'autre part, et s'agissant des motivations des photographes de nature, on ne peut que constater l'existence d'un décalage entre les discours de circonstance affichés par ces derniers, et une réalité sociétale qui consiste à chercher de la reconnaissance, en utilisant tous les moyens mis à sa disposition pour y parvenir.Cela va de l'utilisation des forums communautaires, des réseaux sociaux, de la presse, de l'internet, jusqu'aux concours photos. Il est certain que jamais une personne souhaitant faire passer un message militant n'a eu autant de moyens à sa disposition.

Pourtant on est en droit  de se poser la question suivante : la biodiversité a t'elle bénéficié de cet engouement pour la pratique de l'image de nature ? A ce stade, je n'en suis pas du tout certain:  car on confond bien souvent l'amélioration des connaissances générales du grand public concernant les espèces faunistiques et floristiques, avec la prise de conscience tant attendue de laquelle découlerait un regard bienveillant à l'égard des espèces et des biotopes qui sont sous sa responsabilité.

D'autre part, toute la biodiversité ne profite pas de cette "grosse" communication, car il y a des "laissés pour compte": paradoxalement les espèces locales les plus sensibles, comme les reptiles et les amphibiens, qui continuent de disparaître sous nos yeux dans l'indifférence presque générale, et qui semblent peu représentatifs de l'image de nature "valorisante"pour les auteurs.

Si l'on rajoute une quête effrenée d'images originales, justifiant des comportements décalés par rapport aux motivations originelles des uns et des autres ( images faites en parcs, affûts payants, hot spots etc...), on arrive vite à un constat qui peut sembler négatif.

L'évolution de l'activité a été accélérée avec l'avènement du numérique et de l'internet : car faire des images de faune sauvage est aujourd'hui possible pour des "non-spécialistes", comme une simple activité de loisir, chose qui a toujours existé bien sûr, mais qui était freinée par le coût prohibitif du matériel de prise de vue. C'était surtout vrai du temps de la technologie argentique, où le coût de la diapositive et de la pellicule avait un sens, et où l'investissement en matériel ne se justifiait que pour des personnes particulièrement engagées dans la démarche.

Aujourd'hui, le prix du matériel s'est fortement démocratisé et le coût direct de l'image est nul, ou du moins le croit t'on ! Car peu de gens calculent réellement le prix de revient de leurs images.En réalité c'est toujours une activité très coûteuse, lorsque l'on prend en compte tous les éléments de la chaîne de l'image, et surtout leur pérpétuel renouvellement, savamment orchestrés par les marques et justifié par leurs avancées technologiques.

Mais les priorités individuelles ont changé : une société consumériste où les valeurs relatives au travail ont migré vers celles du temps consacré aux loisirs, admet volontiers qu'une part plus grande de son budget soit dédiée à des hobbies coûteux, comme celui de la photographie de nature ( typiquement ce qu'on voit le plus souvent, c'est l'achat d'un 500mm et d'un boitier pro, le tout d'une valeur neuve de 15000 euros, pour quelqu'un qui ne s'en servira que pour faire quelques images de piafs à la mangeoire le week-end, ou pendant ses congés dans les observatoires des parcs...).

Une nouvelle vague de photographes est arrivée à la nature par l'image et pour la représentation qu'ils en ont eu à travers les réseaux sociaux, les forums, les concours et les médias. Libre à chacun de porter un jugement de valeur sur leur démarche, qui pour moi ne diffère en rien de celle de la majorité de nos prédécesseurs, mise à part le fait que la toile rend fainéant et que l'on ne cherche plus forcément ses sujets dans la nature mais aussi sur les écrans, à travers les informations qui permettent de découvrir les spots de pdv.

Ce qui peut aussi donner lieu à des constats assez étonnants, comme de voir des personnes qui publient des images sans même connaître précisément le simple nom vernaculaire de l'espèce qu'ils ont photographié ! Ce qui était plus rare par le passé, car il fallait s'investir un minimum dans la connaissance des espèces pour trouver ses sujets. C'est d'ailleurs assez paradoxal de voir ce genre de situation perdurer aujourd'hui, alors que la toile permet de trouver des informations sur les espèces assez facilement.

Grâce aux images, et aux informations qui les ont accompagné, je pense que l'on a avancé globalement dans une meilleure connaissance des équilibres naturels et des espèces, mais je crois que la notion de maintien de la biodiversité reste encore vague pour un nombre important de nos contemporains, préoccupés par d'autres impératifs, plus économiques qu'écologiques.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site