Blog

Abécédaire de la photographie de nature....

Faire le point sur la photographie de nature avec une pointe d'humour : comment étriller le dos de ses contemporains sans paraître trop acide, ou au contraire trop respecteux des codes relationnels ? Cet abécédaire pourrait plaire à ceux qui comprendraient ces lignes comme une occasion de revoir leur point de vue sur la photographie de nature.

Comme "Animal", ou être vivant qui sert d'exutoire à un grand nombre de personnes ayant des comptes à régler avec la sauvagerie, y compris avec leur ancien statut de chasseur cueilleur ou leur atavisme de défricheur : on peut le tuer s'il est domestique et comestible, ou sauvage si l'on est muni d'un permis de chasser, le bannir de son jardin si l'on ne souhaite pas sa présence, et dans beaucoup de cas lui refuser le droit de vivre tranquille et de se reproduire en détruisant ses habitats naturels. Cible privilégiée d'une catégorie de photographes, l'animal sauvage est plus intéressant quand il est rare, noble et remarquable par son genre ou sa morphologie.

Comme "Animalier ou animalière", spécialité photographique revendiquée et prisée par les utilisateurs de longues focales ( "je vais m'acheter un zoom 200/500 pour faire de l'animalier" : une expression courante sur les forums photos ).Cette activité néo-pratiquée engendre éventuellement des comportements liés à la recherche d'images faciles à obtenir : bousculades sur les hot spots de prise de vue, fréquentation d'affûts payants, squattages massifs d'observatoires publics, et ruées sur les périodes de manifestations naturelles ( migration, brame, rut,floraisons,nidifications,etc...).

B

Comme "Brame": période où le cerf élaphe se plaît à signaler sa présence afin d'être mis en images, ou du moins c'est ce que semblent penser un certain nombre de pratiquants, qui se jettent littéralement sur lui à cette occasion ! Il n'est pas rare de voir des amateurs d'images courir vers les places de brame, guidés par des raires et le vent dans le dos, persuadés que notre beau coiffé est idiot au point de confondre le règne animal avec celui des réseaux sociaux...

Comme "Beauté" avec un grand B, celle qui fait se lever tôt et coucher tard ceux qui ne jurent que par la lumière des extrémités du jour. On observe que ceux qui pratiquent de la sorte ne pensent et ne réagissent plus forcément comme les autres, sans doute trop absents des canapés aux heures des "primetime" où sont distillées les émissions télévisuelles qui font que les seconds ont éventuellement des choses différentes à méditer.

C

Comme "Capteur", cmos ou ccd, issus d'une technologie numérique qui peut donner l'impression de pouvoir s'abstenir des lois de la photographie ! J'allais pousser jusqu'à dire C comme "calité", mais mon éducation me l'interdit : pourtant cette fameuse notion, tant appréciée par les personnes de ma génération, semble passée aux oubliettes depuis l'avènement du numérique. Poster des images recadrées à mort, mal exposées et floues, aux teintes audacieuses et tenant plus de la bouillie de pixels lissés que de l'image au sens où on l'entend quand on évoque la photographie, est aujourd'hui un exercice qui semble plaire aux iconoclastes des forums. Tout comme le mode de communication SMS, où l'on s'applique à écrire des "mots"avec le moins de lettres possibles, l'image est aujourd'hui potentiellement tronquable de ce qui faisait d'elle une oeuvre, un témoignage réaliste, ou l'expression d'une émotion vécue par son créateur, pour ne plus représenter que le symbole de la socialisation de son posteur. Exercice qui s'affranchit aisément de toute notion de qualité dans le cadre d'une visualisation sur un minuscule écran de smartphone, de tablette, ou d'une publication sur un écran de pc à faible résolution.

D

Comme "Durable", qui est l'inverse de jetable pour ceux qui l'ignoreraient encore: pour des fabricants qui s'appuyent sur une technologie numérique en constante évolution, et qui produisent à bas coût dans des pays pauvres du matériel qu'ils vendront ensuite dans les pays riches, ce siècle est devenu une véritable aubaine, en particulier pour un marché de la photographie qui stagnait encore il y a seulement 15 ans ! Les conséquences de cette débauche de production à bas coûts sont que tout est devenu jetable et même quelquefois programmé obsolescent dès sa fabrication, où l'on prend la peine de préciser à l'acheteur d'un téléobjectif d'une valeur de 12000 euros que les pièces d'usure ne seront plus disponibles au delà d'une période définie ! Résultat : le marché de l'occasion meure tout doucement pour des matériels de seulement quelques années d'âge, les armoires se remplissent de boitiers et d'objectifs invendables chez les pratiquants qui conservent longtemps, et/ou qui utilisent intensivement leur matériel photographique. Pour les geeks qui suivent de près les évolutions technologiques, et pour ceux qui en ont les moyens financiers, la situation est différente : achats et reventes se font à un rythme si rapide que l'on peut se demander si ces personnes ont réellement le temps de profiter de leurs acquisitions, surtout lorsqu'on observe des marques qui présentent tous les deux ans de nouveaux boitiers numériques, accompagnés d'arguments technologiques imparables.

E

Comme "Emulation", celle dont j'ai eu la chance de bénéficier émana de gens passionnés par la photographie et les rencontres avec la faune sauvage, enclins naturellement à partager leurs savoirs et leurs petits coins de nature. Il va sans dire qu'un apprentissage de cette sorte est sans commune mesure avec ce qui se pratique aujourd'hui, où les contacts humains ne se font plus d'homme à homme mais à travers le filtre d'internet et de ses nombreux réseaux virtuels. Les conséquences sont bien évidemment connues par tous et bien trop souvent négatives : car s'il est positif de pouvoir échanger avec ses pairs sur la pratique d'une activité comme l'image de nature, c'est aussi l'occasion de constater que la publication de ses images via les forums communautaires ou les réseaux sociaux, reste un exercice bien plus difficile qu'il n'y paraît ! En effet, il convient de bien réfléchir avant de publier certaines images et informations, au risque de le payer en retour avec la réception de commentaires acerbes, ou de constater que l'on s'est créé un "fan-club"qui piste toutes vos publications sur le web en cherchant à savoir où vous réalisez vos images et où vous trouvez vos sujets. Faire des émules de cette manière n'est guère réjouissant, d'autant que la concurrence sur les points d'accès à la nature devient un problème crucial avec la multiplication des pratiquants : là où nous étions trois ou quatre il y a 20 ans, un territoire peut aujourd'hui compter sur plus de trente photographes à l'occasion du brame du cerf, par exemple. La nature humaine étant ce qu'elle est, force est de constater que ces situations engendrent des comportements de compétition, de l'envie, de la jalousie, et au final des situations d'extrème dérangement pour la faune. L'adage qui dit que pour vivre heureux il faut vivre caché, prend aujourd'hui tout son sens avec la multiplication des moyens de communication : sur certains forums spécialisés des membres ne partagent plus rien de peur d'être reconnus et d'être concurrencés par la suite ( champignons, coins de pêche, mues de cerfs, zone de prise de vue etc...) !  Une page s'est tournée : ce n'est plus forcément une rencontre et une main tendue qui ont amené un débutant vers la photographie de nature, mais un reportage dans un magazine spécialisé, une offre payante de safari ou d'affût, un stage vendu par une célébrité, ou une information glanée sur le web. On imagine bien que la transmission des valeurs qui accompagnaient jadis la démarche initiatique d'un néo-pratiquant puisse faire défaut, ou ne soit plus du tout du même tonneau. Je citerai donc Diogène, pas pour le tonneau mais pour sa réponse à la question qui lui fut posée par Socrate :"Que cherches tu Diogène avec ta lampe allumée en plein jour ?", Diogène répondit "Un homme, un homme véritable..."

 

F

 

Comme"Focale", exprimée en millimètres elle indique pour un objectif un grandissemment d'image. Plus la focale est longue et plus elle intéresse le débutant, qui y voit un moyen de s'affranchir de la distance qui le sépare de ses sujets ! Les fabricants proposent aujourd'hui des zooms à forte amplitude, dans le genre 150/600 mm, qui semblent répondre aux attentes de ces photographes. Si ces zooms peuvent s'avérer intéréssants en situation d'affût et montés sur un solide trépied, notamment du fait de leur cadrage variable, il est plus délicat de les utiliser en billebaude sur monopode, c'est pourtant ce mode opératoire qui est généralement choisi par les débutants. Beaucoup déchantent devant les piètres résultats obtenus: les automatismes ne sont que des outils au service d'un opérateur, et ne peuvent à eux seuls résoudrent tous les problèmes que pose la prise de vue en milieu naturel. Avec ces optiques peu lumineuses, la précision de mise au point automatique est toute relative, le contraste des verres est moyen, et la stabilisation n'a jamais permis de figer des sujets en mouvements. Dans les mains d'utilisateurs expérimentés ces outils fournissent de bonnes images, mais pour un débutant il est plus réaliste de commencer avec une focale fixe de type 300 F4, qui fournira de meilleurs résultats et sera plus facile à maîtriser. J'ai quelquefois entendu tenir les propos suivants, de la part de personnes qui regardaient des images sur des lieux d'exposition :"moi aussi avec un 500 je ferais la même chose", et lors d'échanges sur ma pratique où on me faisait remarquer :" oui, mais vous avez vu votre matériel !", sous-entendu : c'est le matériel qui fait le photographe. Face à ces réactions il est important de rappeler qu'avant d'obtenir des clichés publiables ou utilisables en illustration, il faut apprendre à gérer des paramètres de prise de vue en toutes circonstances et acquérir de l'expérience en matière de maniement des longues focales. Il y a également un travail de naturaliste à effectuer pour trouver ses sujets, se familiariser avec leurs moeurs et leurs habitudes. Beaucoup de temps également à passer pour régler des problèmes techniques: la construction d'affûts, les éclairage artificiels, l'adaptation et la fabrication de matériel spécifique, le repérage et la surveillance sur les sites naturels, les rencontres avec des propriétaires ou gestionnaires d'un site ou d'un terrain. Finalement, et contrairement à ce qu'on pourrait croire en observant ce qui se passe sur des spots de prise de vue où des photographes s'entassent quelquefois comme des harengs, acquérir un objectif de longue focale n'est pas suffisant pour réaliser des images d'animaux sauvages en milieu naturel. Il faut aussi que derrière le viseur se tienne un naturaliste : une personne dotée de connaissances relatives aux sujets qu'elle souhaite photographier, tout en ayant une approche pragmatique de l'immersion en milieu naturel, capable de se fondre dans un biotope et d'anticiper par expérience certains des évènements auxquels elle sera susceptible d'assister. Cela demande du temps, de l'investissement personnel, et c'est incompatible avec toute forme de précipitation ou de recherche de rentabilité...

 

G

Comme "Génération", celle du "tout et tout de suite" a vu le jour avec ce siècle, où il est de règle maintenant d'acheter du matériel sur internet en disposant d'une offre pléthorique, celle d'avant en a vécu les balbutiements avec la disparition progressive des artisans de la photographie et leurs petits points de vente diversement achalandés. Le bilan de ces disparitions est largement négatif, car ces artisans ont emporté avec eux leurs conseils techniques avisés, basés sur une expérience solide, mise en pratique pendant des décénnies avec la technologie argentique, que les sites de vente par internet ont tenté de remplacer par des commentaires d'acheteurs ! Ainsi on peut voir l'acquéreur d'un objectif qui poste le lendemain ou dans la semaine suivant la réception de son matériel : " super objectif, fabuleux rendu,etc..." ! Et quand bien même il ferait une critique objective, en quoi serait t'il crédible aux yeux des internautes qui cherchent des informations ? De cette situation sont nés les fameux testeurs du net : des sites ayant "pignon sur toile" où l'on peut trouver des informations sur divers matériels avant de décider d'une éventuelle acquisition. On observe plusieurs types de sites : ceux qui ont choisi de reformuler les fiches techniques des fabricants à leur manière, en mettant surtout en avant les évolutions technologiques des nouveaux produits, ceux qui ne s'engagent que sur des tests de terrain et de prise en main, assortis de commentaires plutôt positifs afin de continuer à bénéficier du prêt de matériel des marques, ceux qui donnent le sentiment d'aller un peu plus loin en publiant des fiches de performances techniques récupérées chez le fabricant, et puis enfin des sites de testeurs, mettant en oeuvre une ou plusieurs technologies pour tester les produits et publier leurs résultats sous forme de graphiques de performances, courbes FTM, et images didactiques. Ces sites sont très intéressants : on y trouve des informations objectives, comparatives, et multiples. A contrario et à fuir absolument : les conseils et commentaires des forums spécialisés, où l'on peut lire à peu près n'importe quoi et son contraire à longueur de fils, écrit par des personnes dont l'expertise ne peut pas être vérifiée, et ne possédant quelquefois même pas le matériel concerné par la discussion. Il est régulier de voir une personne arrivant avec un projet d'achat sur un forum photo, se faire complètement retourner par un geek et repartir avec un projet d'acquisition de matériel ne correspondant plus du tout à l'utilisation prévue initialement !

H

Comme " Histogramme", la technologie numérique a rendu chacun d'entre nous dépendant de son matériel informatique, condamné à passer des heures sur des écrans de pc. Activités particulièrement chronophages, la sauvegarde, le catalogage et le pos-traitement des fichiers numériques sont devenus incontournables et font partie désormais du temps consacré à cette activité. Méditons cependant sur le fait que ce temps là est pris sur autre chose, et espérons que ce ne soit pas sur le temps passé dans la nature...

I

Comme "Idoine", vocable peu emprunté de nos jours, ce mot était utilisé jadis pour désigner une chose en accord avec un principe, une utilisation, une action ou un comportement. Comment qualifier la réaction des personnes qui se plaignent de ne pas voir leurs images primées lors des concours photographiques auxquels elles ont participé ?

J

Comme "Jeunisme", ou tentative de faire croire aux autres que l'on ne sera jamais vieux et nostalgique : le jeune photographe de nature empreint d'esthétisme flouté, de bokehs onctueux et de teintes audacieuses, s'évertue à tacler les pratiquants qu'il estime trop âgés pour réagir à une stimulation neuronale ordinaire, multipliant les mots visant à les reléguer au rang de documentalistes et de résistants au changement. Pétri de convoitise pour les palmares des concours et leurs images primées, il fonce tout droit sur la piste tracée par les lauréats, persuadé que la ligne qu'il suit n'est pas celle de Maginot.

K

Comme "Kilo octet", en lieu et place des pochettes de négatifs ou des boites de diapositives, chaque photographe se retrouve aujourd'hui à la tête d'un poids en octets de fichiers répartis sur des supports numériques. Ca prend moins de place et ça ne coûte pas cher, et bien que l'on ait jamais rien eu de concret entre les mains, la perte de ces octets est pourtant unanimement considérée comme une catastrophe. D'autre part, cela demande de se familiariser avec une langue supplémentaire, le geek, afin d'être compris par les autres adeptes de la technologie numérique : photographe de nature et forcément bilingue, les temps changent...

 

L

Comme "Légereté"eu égard au poids conséquent du sac à dos dans lequel on entasse son matériel photographique. La peur de manquer est un viel atavisme que l'on peut régulièrement observer lors de menaces sur une source d'énergie, ou d'indisponibilité de denrées alimentaires: à ces occasions on peut voir nos contemporains se ruer sur les pompes à carburants et dans les rayons de pâtes à tartiner des grandes surfaces de vente. Le photographe de nature ne fait pas exception à la règle du "je prends tout avec moi,on ne sait jamais", on peut ainsi le voir transpirer sur les sentiers pentus de ses vacances, chargé comme une tortue ninja, mais ravi de trouver un prétexte pour sortir son objectif grand angle du fond de son sac. Sur le chemin du retour on peut même le surprendre à tenir les propos suivants : "pour l'année prochaine il faut absolument que je m'achète un..."

M

Comme "Macrophotographie" et "Microphotographie", spécialité pointue de la photographie aux forts rapports de grandissement, elle fut longtemps dédiée aux gros plans de petits sujets, comme les insectes et la flore, avec comme principe d'être capable de restituer leurs plus fins détails, souvent invisibles aux distances d'observation habituelles. Ces dernières années cette spécialité s'est très fortement démocratisée, et a évolué au point de ne plus avoir de lien véritable avec son domaine d'origine ! Baptisées "macros", la plupart des images présentées sous ce terme ne sont bien souvent que des proxyphotos où l'on ne reconnait plus forcément le sujet, tant il se trouve loin de la lentille frontale et manque cruellement de profondeur de champ pour afficher tous les détails qui permettrait une identification. On peut encore y voir une influence de la mode des concours de photographie, où sont privilégiées les images harmonieuses sur le plan esthétique, plutôt que répondant à un cahier des charges technique bien précis : rapports de grandissement compris entre 0,5 et 1, voir plus pour la microphoto, et profondeur de champ étendue, permettant d'apprécier le sujet dans son ensemble. Aujourd'hui, des images réalisées au téléobjectif de 300 mm sont estampillées "macros", alors que le sujet est très loin de représenter la moitié de sa taille réelle dans le cadre.La macrophotographie est une école de la patience et de la maîtrise technique, qui demande de revoir le concept de l'image obtenue à la volée, pour se présenter devant ses sujets avec une approche pragmatique : utilisation du trépied sur les forts rapports, choix de focales adaptées à la taille des sujets, utilisation de réflecteurs et d'éclairages d'appoints, et recherche des valeurs de diaphragme appropriées à une profondeur de champ capable de valoriser le sujet.

 

N

Comme "Numérisation", technique permettant à une image de passer d'un support physique à un "support" virtuel. Transformer des négatifs ou des diapositives en fichiers numériques fut une étape du processus qui amena les photographes à abandonner progressivement la technologie argentique. Devant son armoire remplie de boîtes de négatifs ou de diapos, chacun a pu vivre un véritable cauchemar : faut t'il tout numériser et passer le reste de son temps libre devant le scanner ? Faire un tri et ne garder que l'excellence, mais comment justifer alors le fait d'avoir stocké jusqu'ici plus de 30 000 diapositives et négatifs ? C'est avec circonspection que chacun a du réagir avant d'abandonner l'idée de tout sauvegarder en numérique : car comment justifier aujourd'hui la conservation de documents argentiques scannés lorsque l'on compare les deux technologies ? En terme de qualité, la technologie argentique est dépassée depuis l'avènement des premiers capteurs de 6 millions de pixels, qui présentaient une finesse d'image surpérieure à n'importe quel film. En effet, quand on scanne un négatif on se heurte à la limite des grains d'halogénure d'argent qui constituent l'image fixée dans la gélatine de la pellicule, et ils sont de taille supérieure aux pixels générés par les capteurs ! Quelle émotion lorsqu'on pense à tous ces documents argentiques, chèrement acquis et stockés avec précaution, en témoignage de dizaines d'années de prises de vues et de souvenirs liées aux sujets qu'ils représentent. Ils sont pourtant au fond d'un placard, numérique oblige...

O

Comme "Original": sur les sentiers battus et rebattus de l'image de nature, faire dans l'originalité aujourd'hui relève presque de l'exploit ! Pourtant, certains ont trouvé des subterfuges pour présenter des images de comportements ou de situations extraordinaires, voir improbables. On connait tous les tricheries de base, comme les fleurs coupées que l'on installe ensuite dans une ambiance choisie, ou les animaux photographiés en captivité et les locations d'espèces apprivoisées, mais certains petits malins vont plus loin : ils n'hésitent pas à coller à la glue des insectes ou des petits animaux dans des décors, ou à utiliser des animaux morts ou naturalisés pour réaliser leurs phantasmes d'images orginales ! Si l'on voit plus ou moins régulièrement des serpents photographiés morts sur les forums d'images, ou des oiseaux blessés photographiés au sol, on n'a pas l'habitude dans les grands concours prestigieux de faire face à des montages ingénieux comme celui qui a été présenté dernièrement : un tamanoir naturalisé, photographié dans une scène de nuit, où il aura quand même fallu l'intervention du musée qui expose le spécimen pour déjouer la tricherie !

P

Comme" Photococheur", "Photophile",ou encore "Photovore", difficile de qualifier autrement ceux qui postent chaque soir leurs images du jour sur des forums spécialisés, ou sur les réseaux sociaux. Des endroits où ils distillent de véritables logorhées picturales, particulièrement fades et pauvres en qualité, mais saluées par des pairs complètement anésthésiés par la vision de ce qu'il leur reste à faire pour les égaler ! On peut y voir d'horribles recadrages, souvent bien plus de 75%, fortement pixellisés et bruités, des coups de tampon maladroits pour masquer les grillages ou les éléments susceptibles d'indiquer que l'origine des images n'a rien de sauvage, des couleuvres mortes enroulées dans l'herbe que l'on essaie de vous faire avaler, des croupes de chevreuils qui fuient et que l'on qualifie de pour la circonstance de "joueurs", etc....Le tout réalisé par des personnes qui n'ont même pas pris la peine de se documenter sur le simple nom vernaculaire des espèces qu'elles vont chaque jour photographier ! Que dire des informations et commentaires délirants qui entourent la publication des images d'espèces sensibles : sangliers présentés comme agressifs et dont on salut le courage de l'auteur des images, des serpents dont on continue de faire circuler les plus grosses âneries à leur sujet, comme les lâchers de vipères par hélicoptère, les couleuvres qui têteraient les vaches et j'en passe. Finalement, on a toujours pensé que si le grand public s'intéressait plus à la biodiversité, tout irait mieux, mais on voit bien que rien n'est plus contradictoire : il n'y jamais eu autant de monde à se bousculer dans les observatoires publics et sur les sites naturels, mais c'est seulement pour le fun, pour ramener de quoi poster...

Q

Comme "Qualité", notion désuette aujourd'hui, par bien des aspects : les anciens pratiquants ont toujours cherché à réaliser des images nettes, bien exposées et capables de mettre en valeur leurs sujets, leurs comportements et leurs attitudes. Avec le matériel de l'époque argentique c'était un peu compliqué : mise au point manuelle, éclairage au flash complexe à mettre en oeuvre et posemètres approximatifs, faisaient que l'exercice pouvait s'avérer difficile. Les dernières avancées techniques de l'argentique avaient en partie résolu la plupart des problèmes, sauf celui du support : 36 vues embarquées dans une bobine étanche à la lumière, qu'il fallait changer sur le terrain, quelquefois après une seule rafale à 6 images par seconde ! Un rapide calcul vous amènera facilement à comprendre la complexité du problème : si je réalise aujourd'hui plus d'une centaine d'images sur une seule séance d'affût sans changer de carte mémoire, à l'époque j'aurais dû prévoir pour le faire, cinq rouleaux de pellicules et en changer au moins quatre pendant la prise de vue. Il va sans dire que le confort moderne est sans équivalent ! Que dire de la qualité des fichiers numériques issus des capteurs : une définition maximale et une montée en sensibilité qui dépasse de très loin les 200 ou 400 iso des meilleures pellicules de l'ancienne technologie, avec à la clé une possibilité d'aggrandissement photo énorme. Là où on peinait à sortir un A3 de qualité, on peut presque couvrir un mur avec des fichier de 50 millions de pixels ! On peut, mais on ne le fait pas, et c'est ça qui est terrible : se rendre compte que du matériel aussi performant ne sert la majorité du temps qu'à sortir des vignettes web, prêtes à coller sur un mur virtuel pour y être liker, ou à être affichées sur le site web de leur auteur...

R

Comme"Résistance", résistance aux canons modernes de l'image de nature : oui, j'avoue apprécier les gros plans bien détaillés, avec un petit point de lumière dans l'oeil du sujet et où on peut compter les poils de la bête ! Oui, je ne supporte plus des images stéréotypées de sujets minuscules perdus dans un fond flou maximal, et baignés d'une lumière totalement irréelle ! Oui, je suis sensible à l'esthétisme, mais pas n'importe lequel, et en particulier pas celui qui fait s'extasier devant une image à la mode ! Mais plutôt devant celle qui démontre qu'un photographe aura été capable de conjuguer qualité et maîtrise technique, avec une mise en harmonie de son sujet dans un biotope, ou avec un moment de lumière donné. En dehors de toutes considérations relatives à la rareté ou à l'exotisme du sujet, mais en privilégiant plutôt un regard sur une espèce commune, car c'est souvent là que l'on peut voir les meilleures images : par la facilité d'accès à l'espèce, elles sont susceptibles d'avoir été pensées et déjà plusieurs fois tentées, avant la présentation d'images abouties. Commençons par savoir bien photographier ce qui nous entoure...

S

Comme "Sensibilité", les dernières générations de capteurs numériques affichent des valeurs stratosphériques dans ce domaine, et il n'est pas rare de voir 12800 iso présentés comme une valeur capable de produire des fichiers exploitables. Il est un peu illusoire de prendre pour argent comptant les fiches techniques des fabricants, car si ces capteurs sortent des fichiers corrects à 12800 iso sur des mires de test éclairées artificiellement, ou en situation de plein jour, ce n'est plus le cas lorsque la lumière a disparu. Il faut bien comprendre qu'avec un 300mm ouvert à 2,8, à 3200 iso lorsqu'on est au 30 ème de seconde il fait nuit ! Afficher alors 25600 iso, et malgré les progrès indéniables effectués sur les capteurs, ne donnera pas grand chose d'autre que des images souvenirs, mais en aucun cas exploitables sur des critères de qualité standard. Photographier c'est écrire ou dessiner avec la lumière, et quand il n'y en a plus....

T

Comme"Tenue de camouflage", la vulgarisation de l'activité de photographie de nature fut l'occasion de voir fleurir un nombre incroyable de produits destinés à camoufler le matériel de prise de vue et les opérateurs. D'abord empruntés aux activités déjà existantes, en lien avec la chasse ou les surplus militaires, certains produits ont été par la suite fabriqués spécifiquement pour la photographie. Toujours est-t'il que l'offre est pléthorique dans ce domaine : toutefois, si le camouflage du matériel est intéressant, car il le protège des chocs, élimine les éventuels reflets des surfaces peintes et atténue les bruits de fonctionnement, les tenues vestimentaires sont parfois un peu trop sophistiquées pour présenter un réel intérêt dans la nature. Les sur-tenues comme les Ghillies ou similaires, présentent plus d'inconvénients que d'avantages: leur usage peut s'avèrer complexe eu égard aux accrochages incessants dans la végétation, car il est très rare que l'on ne soit pas amené à bouger un peu, même à l'affût, et au fait qu'elles viennent ajouter une épaisseur de vêtement supplémentaire, très inconfortable quand il fait chaud. Une simple tenue de camouflage complète et adaptée à l'environnement dans lequel on opère est suffisante pour rendre l'opérateur efficace, un filet peut aussi s'avérer nécéssaire dans certaines conditions. Mais dans tous les cas il faut faire simple et veiller à ce que sa silhoutte ne soit pas visible en contre-jour, ou ne tranche pas avec le décor. Inutile de se déguiser en Rambo pour devenir photographe de nature, l'habit ne fait pas le moine !

U

Comme "Utilisateur" : un nouveau concept que celui des utilisateurs de la nature ! Jadis considérée comme un fléau à combattre, que ce soit par le défrichage systématique, la lutte contre les "nuisibles", ou plus récemment par l'aménagement, la nature et sa biodivesité font aujourd'hui l'objet d'une large exploitation touristique. Dans ce contexte, la notion d'utilisateur prend tout son sens lorsqu'il faut partager l'espace naturel avec des personnes dont les motivations sont très différentes. Ainsi, cavaliers, vététistes, marcheurs nordiques, trekeurs, randonneurs, promeneurs, touristes, quadistes, motocyclistes, chasseurs, pêcheurs, naturalistes et photographes, se succèdent maintenant sur les sites naturels ou sur leurs chemins d'accès, avec une intensité maximale à certains moments de la semaine ou de l'année. Ainsi, lors d'un affût en milieu forestier à l'occasion d'un week-end prolongé, et à ma grande surprise car je me trouvais assez loin de tout chemin carrossable, j'ai vu défiler une centaine de personnes en une seule journée : plusieurs groupes de randonneurs, de cavaliers, de quads et de vététistes, et un photographe billebaudeur ...

V

Comme"Vedette", un terme peu utilisé de nos jours, auquel on lui préfère souvent "Star", eu égard à l'anglicisation qui frappe notre "parlé" courant. Le statut de vedette ou de star s'acquiert par la médiatisation de sa production, et s'accompagne généralement d'une notoriété proportionnelle à l'engouement qu'elle suscite auprès d'un public donné. Le microcosme de la photographie de nature possède ses propres vedettes, des stars qui servent souvent de référence aux néophytes en recherche de style. C'est un paradoxe car le style est propre à chacun par principe, et le copier n'apporte rien à l'art. Il faut croire que cette notion échappe à beaucoup de mes contemporains : car s'il existe des règles courantes en photographie, on constate que c'est en ne les respectant pas que certains se sont fait un nom dans l'image de nature. Ces mêmes règles de composition-cadrage qu'il est amusant de voir rappeler, à ceux qui viennent poster des images sur les forums, par des personnes qui encensent par ailleurs les vedettes qui ne les respectent pas. Il est donc déconseillé lorsqu'on est un inconnu de décadrer au delà de la règle des tiers, de forcer sur les courbes de tonalité et de constraste, de poster des images floues et mal orientées en projection. Ce qui n'est pas le cas lorsqu'on est déjà connu, car ces "défauts" sont alors associées à un exercice de style !

W

Comme"Web", ou www ou "toile mondiale", incontournable pour exister . A essayer absolument pour ceux qui veulent se découvrir : après avoir passé une semaine ou deux dans la nature sans internet, si vous en êtes toutefois capables, notez ensuite ce que sera votre premier geste...

X

Comme"Xénophilie", qui fut la motivation des premiers naturalistes, explorateurs et découvreurs :  si cette attirance pour l'inconnu fut un trait de caractère commun à beaucoup de naturalistes, comment interpréter l'attitude des photographes de nature qui ne font que se succéder sur les spots archi-connus de prise de vue ?

Y

Comme"Ysopet": auteur célèbre, Jean De La Fontaine en rédigea un grand nombre en choisissant le registre animalier pour caricaturer et critiquer les gens de son monde. Aujourd'hui, puiser dans la nature son inspiration et les ressources qui seront utiles à l'expression de son art, de ses émotions, ou de ses sentiments, demeure toujours d'actualité.

Z

Comme"Zoologie", ou encore "sciences naturelles", matière d'enseignement qui fut souvent considérée comme inspiratrice pour les naturalistes en herbe. La curiosité n'est plus un défaut lorsque l'on étudie le vivant : avec ce précepte on trouve facilement le rythme qui convient à l'observation et à la compréhension du monde naturel.

Nature et société...

Etre sensible à la beauté de la nature et se plaire à son contact, c'est aussi être amené à faire des constats, si tristes ou si réalistes qu'ils soient.

Le grand drame de notre époque aura été de voir la nature et ses habitants devenir les boucs émissaires de notre société productiviste : héritage direct du capitalisme inventé par les hommes pour régir nos sociétés, ce système basé sur la production de biens en échange de salaires ou de revenus, en vue de consommer et de favoriser des échanges de valeurs (monnaies, or, diamants,etc...), sera finalement notre calvaire. Car il ne peut survivre que si une croissance d'activité économique, proportionnelle à l'accroissement d'une population d'une zone donnée, perdure ! Or, une croissance infinie dans un espace naturel confiné cela n'est pas possible ! Et c'est autant valable pour l'espace disponible, que pour le volume des ressources naturelles et des matières premières.

En attendant d'admettre qu'il faut absolument trouver une autre solution pour faire vivre ensemble des milliards d'individus confinés sur une planète, on va assister à tout un déballage de prétextes plus ou moins réalistes, pour ne rien changer à un système essouflé, qui finira au bout du compte par ne plus convenir qu'à une richissime minorité : c'est la lutte "du pot de vert", contre"le pot de fric" !

Chaque catégorie de producteurs, chaque corporation professionnelle, chaque représentation politique, va ainsi chercher des coupables aux maux qu'elle doit affronter. Dans cette quête permanente de profits et de croissance, la nature et ses habitants ne sont que des gêneurs dont on peut aisément se débarasser, ce qui n'est évidemment pas le cas des profiteurs de notre système, retranchés derrière la menace brandie de récession économique, et à qui tout le monde fait des risettes et des concessions.

Le rythme du monde naturel semble insensible à ce genre de réflexion : ainsi, au sein du règne animal, le cerf élaphe se contente d'assumer le rôle que lui a confié l'évolution, qui consiste à survivre coûte que coûte pour se reproduire et ainsi perpétuer son espèce.

Sommes nous réellement si différents de lui ?

Le brame : la belle affaire...

Le brame occupe une place importante dans mes rendez-vous annuels : il est vrai qu'à l'instar du rut du chevreuil, c'est un véritable "marronnier"pour un photographe de nature !

Quarante brames...Ce n'est pas rien en terme d'expérience, et ça donne envie de faire un point sur cet évènement particulier : si aujourd'hui les cerfs sont beaucoup plus nombreux en France qu'il y a quarante ans, ils ne sont pas pour cela plus faciles à photographier. C'est un premier constat : car s'il suffisait qu'il y ait beaucoup de cerfs pour faire facilement des images, cela se saurait ! Malheureusement la quantité de cerfs a augmenté en même temps que le nombre d'amateurs d'images, ce qui a pour conséquence de rendre plus difficile la découverte de secteurs tranquilles pour réaliser des observations et des clichés. Tous les endroits faciles d'accès, privés ou publics, sont envahis dès le lever du jour, et même quelquefois bien avant, par des gens pressés de faire quelques images : inutile de préciser que, dans ces cas là, les précautions d'usages ne sont pas respectées...Ainsi, les approches en vêtements de ville, le vent dans le dos et au pas de charge, sont absolument étonnantes à observer : ça en serait presque comique si cela ne ruinait pas l'affût du naturaliste dissimulé à la lisière du bois.

Ces observations de comportements décalés sont l'occasion de chercher à comprendre les motivations des personnes qui s'y adonnent : est-ce par ignorance ou par insouciance que ces gens se ruent sans aucune précaution vers les cerfs en rut ?

Sans doute les deux, car il est impensable de voir quelqu'un qui serait informé correctement sur les moeurs des cervidés procéder de cette manière ! C'est suicidaire d'un point de vue opérationnel : se ruer ainsi à découvert vers les animaux dans l'obscurité est inefficace, autant pour celui qui cherche à faire des images de qualité, que pour celui qui cherche simplement à profiter du spectacle des cerfs en rut. Car ces tentavives se soldent immanquablement par la fuite des hardes et par une bouillie de pixels bruitée dans les cartes mémoires des appareils photo.

Force est donc de constater que le siècle ne se prête guère à la recherche des moments calmes et de la poésie qui les accompagne, mais plutôt à une quête effrénée de tout ce qui pourra faire du "buzz" sur les réseaux sociaux : être le premier à poster une image d'actualité, sans aucune notion de qualité ni d'éthique, mais vite fait si possible, car il faut absolument combler l'absence de reconnaissance qui fait généralement ressembler le second posteur d'un même sujet à un "poulidor" du genre...Pauvres de nous, pauvres posteurs...

Cela dit, pour de nombreux photographes le brame est le seul moment de l'année où les cerfs sont accessibles : non seulement ils se signalent d'eux-même en poussant leur cris rageurs, mais ils sont en plus nettement moins méfiants qu'à l'accoutumé, absorbés par la fièvre du rut. En dehors de cette courte période, les cerfs mâles sont très discrets et assez difficiles à mettre en images, on comprend mieux la véritable ruée de photographes que provoque le brame !

Cette année lors d'une soirée d'affût à la lisère d'un bois, j'ai vu arriver dans mon dos une famille de six personnes qui s'est installée en silence et dans le plus grand calme, juste avant la sortie des cerfs sur une prairie : ils ont bien profité du spectacle, pendant plus d'une heure, et ont attendu l'obscurité pour repartir sans déranger les animaux. Je suis certain que les enfants qui ont partagé cet affût avec leurs parents auront des choses à raconter lorsqu'on leur parlera du brame du cerf.

 

 

 

Photographier la nature : pour quoi faire ?

Du plus loin que je me souvienne, l'évocation des moments passés au contact de la nature a toujours été empreinte de nostalgie : avec en prime, bien évidemment, toute l'exagération qu'il est convenu d'apporter à ce genre de remémorations. Qui est absolument certain de ne pas avoir exagéré le goût fabuleux des fruits cueillis sur les arbres de son enfance, la couleur extraordinaire du ciel de ses vacances, ou encore la longueur du serpent qu'il a furtivement aperçu  ?

En ce sens, la photographie permet de remettre un peu d'ordre dans les mémoires : car si les pellicules ou les capteurs numériques ne peuvent enregistrer les ambiances dans leurs totalité, il n'en demeure pas moins qu'ils sont tout à fait en mesure d'enregistrer une scène naturelle, avec une foule de détails que le cerveau humain ne saurait ni capter sur l'instant, ni forcément retenir par la suite. Ainsi, lors de scéances de prises de vues, il arrive fréquemment que l'on soit si concentré sur le sujet principal dans le viseur, que l'on ne prenne pas garde aux éléments gênants, pourtant présents dans le cadre, et susceptibles éventuellement d'altérer l'image finale. Dans ce cas, comment peut-on espérer mémoriser la multitude de détails qui composent quelquefois une scène photographique naturelle ?

Bien entendu, avec l'expérience on apprend à gérer les facteurs qui composent une bonne image : décentrer les sujets principaux, exclure du champ des lumières parasites ou des éléments de végétation, chercher un angle évitant les désagréments de la vue en plongée sur les petits sujets, ou, plus simplement, pour fuir la lumière directe qui écrase et plaque le sujet principal dans son environnement. En clair : tout ce qui différencie une bonne photographie d'une image ordinaire. Ce faisant on entre tout doucement dans un monde pictural où l'improvisation va prendre de moins en moins d 'importance, pour laisser place à l'imagination, et/ou à la réalisation d'un témoignage le plus authentique possible.

Le monde de l'image de nature vient ainsi au secours de la mémoire : la photographie permet de figer une scène naturelle pour l'éternité, et c'est là son rôle principal . Car même si les teintes ou le niveau des détails enregistrés ne sont pas parfaits, le résultat est tout de même plus fidèle que les "clichés" gardés en mémoire, qui s'estompent progressivement devant les nouvelles scènes qui s'enchaînent et se succèdent au fil du temps. D'ailleurs les anciens naturalistes, dépourvus de technologie et férus de rencontres naturelles, ne dessinaient t'ils pas pour conserver un témoignage des scènes et des comportements qu'ils observaient ?

Traduire les émotions vécues au cours des immersions dans la nature et des rencontres avec la faune est le rôle de l'image, notamment lorsqu'elle concerne des approches ou des affûts effectués dans le but de côtoyer des animaux sauvages. En rapporter un fidèle témoignage avec des images bien faites, techniquement et esthétiquement, est un exercice passionnant : c'est sans doute la raison qui a poussé bien des naturalistes vers cette activité.

Conserver des souvenirs de certains moments forts passés au contact de la faune sauvage, ou réaliser des images de lumières extraordinaires, comme celles que l'on peut observer au coucher ou au lever du soleil, motive certainement la plupart des photographes de nature. Bien évidemment, il existe d'autres motivations qui peuvent conduire des photographes vers la nature : cela va de la réalisation d'une collection d'images, au simple besoin de vivre autrement qu'en civilisé quelques heures par semaine, en passant par les férus de technologie photographique et les spécialistes d'une espèce animale ou végétale donnée. Chaque photographe semble trouver son compte dans le monde naturel, peut-être et aussi tout simplement parce que c'est son milieu d'origine, là où sont ancrées ses propres racines.

 

Une éthique pour la photographie de nature ?

Fixer des règles pour les activités humaines a toujours été d'actualité, et même dans certains cas absolument nécessaire pour que l'activité puisse perdurer ( code de la route, etc...) !

Dans un domaine comme celui de la photographie de nature cela a pu sembler inutile jusqu'à ces dernières années, car avant "internet" la nature des relations entretenues par les photographes avec leurs sujets demeurait relativement confidentielle.

Pourtant, il s'avère qu'aujourd'hui, notamment à cause du nombre grandissant de néo-pratiquants, des problèmes surviennent régulièrement : sur-fréquentations de sites naturels sensibles, squattages massifs d'observatoires, et comportements ineptes de photographes peu scrupuleux sur la manière d'obtenir des images.

Ne nions pas que ces comportements aient jamais existé par le passé, mais ils restaient marginaux du fait de la confidentialité de l'activité, et en tout cas n'étaient pas médiatisés aussi largement et rapidement qu'aujourd'hui.

Pour briller sur un forum communautaire, pour commercialiser son livre, ou pour voir ses images publiées, tout à chacun peut éventuellement se laisser tenter par l'obtention d'images "faciles", réalisées sur des spots connus, dans des affûts payants, à l'occasion de safaris organisés, ou dans des parcs animaliers aménagés pour les photographes. Rien de quoi justifier jusqu'ici le respect d'une quelconque éthique, puisqu'aucune règle particulière n'est transgressée !

En fait, les polémiques, lorsqu'elles surviennent, tournent autour du problème suivant : les images obtenues de cette manière seront estampillées "image de nature", tout comme celle du photographe qui aura fait les siennes dans la nature, en mettant en oeuvre ses propres capacités et connaissances naturalistes pour y parvenir.

Soyons clairs : souvent rien ne permet de distinguer sur des images bien faites, celles qui sont issues d'une quête naturaliste de celles qui sont obtenues "facilement", et puis rien n'interdit à quelqu'un de faire ses images là où il l'entend !

Par contre, certaines pratiques utilisées dans des affûts payants ou sur des hot spots, sont carrément dangereuses pour les espèces visées : c'est le cas pour les poissons flottants fourrés au polystyrène que l'on jette aux pygargues, et dont on feint d'ignorer les dégâts qu'ils peuvent commettre en cas d'ingestion ! Les truites "arc en ciel" d'élevage nourries aux granulés ( quelquefois baptisée "saumons"par certains photographes peu à cheval sur la systématique !) que l'on offre aux balbuzards dans les bassines des affûts payants.Tout comme les chouettes harfangs et lapones, appâtées à la souris vivante jetée à la canne à pêche sur la neige, de manière à attirer les rapaces en vol vers les photographes ! En dehors du fait que l'on martyrise une souris, que l'on traîne sur la neige par un fil à la patte, on ne s'inquiète guère de savoir quelles conséquences va avoir cet apport massif et régulier de nourriture artificielle sur le futur comportement des ces oiseaux : vont t' ils déserter d'autres sites de chasse où leur absence de prédation aura un impact sur l'équilibre l'environnemental, que risquent t'ils une fois regroupés ainsi si personne ne vient plus les nourrir, que génèrera ce regroupement d'oiseaux en terme de propagation de germes, bactéries et virus, qui finissent de s'aglutinner sur les poteaux perchoirs, et surtout quelle conséquence aura cette proximité forcée pour des oiseaux habituellement solitaires hors période de reproduction ? Enfin, et c'est valable pour tous les appâts carnés, quels qu'ils soient : ont t'ils un impact dans le temps sur la santé d'espèces sauvages qui ne consomment normalement pas d'animaux issus d'élevages intensifs, dont on connaît les inconvénients: sélection génétique, nourriture industrielle médicamenteuse, animaux malades ou porteurs de germes, et j'en passe !

On est tenté de penser que tout cela reste marginal et que ça permet même à certaines espèces de prédateurs sauvages de survivre : sauf que ces installations et ces pratiques se multipient, en même temps que le nombre de pratiquants augmente ! Tous les gens de terrain savent bien que les risques d'imprégnation pour les animaux sauvages ainsi nourris sont bien réels. La loi de la prédation est la même pour toutes les espèces : elle s'exerce en priorité sur les proies les plus faciles. Les ours nourris sur des charniers peuvent devenir dangereux pour les humains ( voir les exemples aux USA ), les rapaces imprégnés n'ont plus peur de s'approcher des hommes, des élevages ou des piscultures, et ils risquent d'y causer des problèmes qui se solderont bien souvent par leur destruction ! N'oublions pas que les détracteurs de la faune sauvage sont représentés par de puissants lobbies, très actifs auprès de nos hommes politiques, et que des prétextes pour éradiquer les prédateurs, ou les espèces générant des "dégâts", sont recherchés par tout un tas de groupes de pression ( chasse, agriculture, sylviculture, pisciculture,etc..).

En se fixant une éthique personnelle et en choisissant de ne pas pratiquer de telle ou telle manière, on ne contribuera pas à créer ces justifications : car il y a une différence entre donner quelques kilos de graines à des passereaux pour les aider à passer le moment le plus difficile de l'hiver, et un nourrissage massif et régulier d'espèces carnivores prédatrices !

Je me souviens d'une expérience personnelle particulièrement pénible : j'avais jeté quelques croquettes pour chats à un renardeau curieux venu jusqu'à ma porte. Mal m'en a pris, quelques jours plus tard mon voisin l'a tué alors qu'il se trouvait à ses pieds, imaginant sans doute que tous les hommes portent le même regard sur la biodiversité...

 

 

Concours photo : le mythe de la vague à surfer....

Les concours de photographies de nature ont le vent en poupe et fleurissent un peu partout, comme jadis les concours de photographie généraliste.

Avec une nouveauté cependant: l'apparition et la mulitiplication des concours à participation payante !

Une sorte de "loterie", où l'on fait financer par les participants une exposition/manifestation ouverte au public gratuitement, organisée par un staff qui joue sur le besoin de reconnaissance qu'ont tous les artistes, et en particulier les photographes de nature, pour s'offrir à bon compte un événement local . Imaginez un spectacle où se sont les artistes qui vous payent pour que vous veniez les voir....

Cela dit, Il est tentant de participer à un concours lorsqu'on pense avoir réalisé quelques images originales, rares, et/ou particulièrement esthétiques. Mais il ne faut pas oublier que le monde de l'image de nature est un microcosme où tout le monde se connaît, et qu'il convient d'en tenir compte dans le choix des images que l'on présentera aux jurys. Jurys composés de photographes connus et de personnalités des médias, qui connaissent donc forcément beaucoup d'anciens lauréats de concours.

Les conséquences de la composition de tels jurys c'est que ne "passent" que les images véritablement originales pour les néo-participants, par contre pour les photographes déjà connus, et qui participent régulièrement, c'est un peu la valse des chaises musicales : selon la composition des jurys, on retrouve d'années en années, et plus ou moins régulièrement dans le temps, les mêmes noms parmi les primés.

Je ne sais pas si ça fera sourire tout le monde, mais en tous cas c'est un fait bien établi : les membres d'un jury qui connaissent un ou plusieurs des participants, reconnaissent forcément leurs images, car ils sont informés de l'actualité photographique de ces derniers, et ont donc un appriori favorable sur leur travail ! C'est à la fois inévitable et normal, mais ça fausse un peu la sélection des images et les résultats, et en tous cas prive le travail des autres participants d'une attention identique.

Sans entrer dans un débat sur les concours "truqués", qui n'existent pas bien entendu, il est intéressant d'observer les réactions des participants non primés qui interprètent les résultats des concours: car si voir une de ses images primée dans un coucours prestigieux fait le bonheur de bien des photographes, voir celles des autres gagner est une autre affaire, surtout lorsqu'on participe régulièrement !

Ainsi, on peut voir un certains nombre de gens s'épancher régulièrement sur les forums et les réseaux sociaux, à chaque fois que les résultats des concours "tombent" et que leurs images n'ont pas retenu l'attention des jurys : "je ne comprends pas, ça fait trois fois que je présente cette image exceptionnelle et elle ne passe pas", " mes images sont largement aussi belles que celles qui ont gagné !", "de toute façon, c'est truqué, autrement j'aurais été primé avec mon image de Harfang, aussi belle que celle de ........", etc.....

Ces réactions appellent au moins deux questions :

Est-il simplement possible de faire une analyse objective des choix subjectifs effectués par d'autres ?

Quel est la valeur du regard que l'on porte sur son propre travail ?

A croire que certains ont tout simplement oublié que participer à un concours ou une compétition, c'est prendre le risque de ne pas gagner...

 

 

 

 

Publier un livre :

Un challenge pour un photographe naturaliste : publier "son" livre...

Avant de décider de publier, que ce soit à compte d'auteur, ou en édition participative, il convient de bien saisir les nuances qui sont contenues dans les réponses des maisons d'éditions à qui vous avez adressé votre projet en images, et votre éventuel manuscrit : " avez-vous un réseau ?", "avez vous déjà été publié ?", "votre manuscrit nous a beaucoup intéressé, nous avons décidé de publier votre livre", "vous avez une écriture très fluide et vous devez avoir de l'expérience dans ce domaine", etc..."Nous allons vous envoyer un contrat avec nos conditions".

Pour certaines maisons d'éditions, c'est la direction qui vous appelle en direct pour discuter de votre projet, tâter un peu le terrain pour savoir où vous en êtes en terme d'informations sur les conditions de publication, et pour finalement apprécier s'il est utile ou non de vous faire une proposition commerciale.

D'autres sont très honnêtes et vous annoncent clairement que votre projet est super, mais que la cible commerciale qui les ferait vous éditer n'existe pas, ou du moins pas encore, et n'existera peut-être jamais, que la diffusion de votre livre sera confidentielle et restreinte à votre entourage, votre réseau personnel et professionnel.

S'en suit dans tous les cas un courrier contenant une facture de plusieurs milliers d'euros, et un contrat d'éditeur qui ne s'engage que sur la mise page, la correction, la conception du livre, et un peu de communication auprès de son réseau de libraires. Autrement dit, dans les faits vous vous offrez quelques centaines de bouquins qu'il va falloir diffuser seul, sans avoir aucune expérience commerciale dans le domaine du livre.

Bon, ça calme un peu au début, puis on réfléchit : pour quelles raisons publier un livre et quel livre ?

S'agissant des livres de photographies de nature: il en existe de nombreux, publiés par des photographes connus sur le plan national et/ou international, et beaucoup d'autres par des inconnus. Mais en tout cas l'offre est pléthorique. Venir ajouter le sien à cette longue liste, sans aucun préalable de popularité pour le justifier, relève d'une prise de risque financière importante.

Ensuite se pose la question du thème principal abordé dans la publication : en général un photographe de nature peut publier deux sortes de livres, l'un composé d'images regroupées autour d'un thème ou d'un sujet en particulier, ou tenter l' expérience qui consiste à réaliser un livre technique sur le matériel et les prises de vue en milieu naturel. Cette dernière publication ne peut se concevoir, pour être crédible, que si l'on dispose d'une expérience personnelle solide dans le domaine concerné : voir des débutants, ou des photographes opérants en affûts et voyages payants, réaliser de tels ouvrages est impensable. Mais ça existe ! On peut voir des ouvrages techniques publiés par des pratiquants qui ont découvert la photographie de nature dans les affûts de Bence Maté...A moins d'avoir pu pouvoir se consacrer à temps complet à cette activité pendant de nombreuses années, il est impossible pour un photographe de présenter une diversité importante d'espèces, c'est donc en général chez les pratiquants les plus expérimentés que se trouveront les plus importantes collections d'images, et par conséquent les meilleures sources d'information sur la pratique

Mais dans ce cas comment un photographe inexpérimenté peut procéder pour que son livre paraisse crédible ? En fait il lui suffit de présenter des techniques connues de prise de vue en milieu naturel, qu'il n'a jamais mises en oeuvre lui-même, en les illustrant avec des images réalisées facilement et rapidement en affûts payants, ou sur des hot spots. Donnant ainsi l'illusion aux lecteurs qu'il maîtrise parfaitement toutes les techniques invoquées, en les illustrant avec un flux d'images important et varié. Les autres subterfuges sont bien connus : certaines images présentées dans des livres traitants de ce sujet ont été réalisées dans des parcs de vision, des zoos, ou faites dans la nature avec des animaux apprivoisés. .

Comment doit t'on analyser ce comportement ?

Le problème de fond pour un photographe de nature qui veut rapidement se faire connaître, c'est l'expérience ! Hélas pour les gens pressés, cette dernière ne s'acquiert qu'avec le temps, et le temps est l'ennemi de la vague sur laquelle on veut surfer quand on a gagné un concours photo, ou que l'on vient tout juste de se faire connaître grâce à une publication.

Mon propos correspond à une réalité qui vient régulièrement entâcher le microcosme de la photographie de nature, qui n'a plus rien de "naturelle" pour les photographes avides d'images faciles, dont le comportement par rapport au discours tenu dans les médias est assez discordant.

A mon sens, pour faire un livre il faut de l'expérience : des compétences techniques à partager et réellement mises en oeuvre, également de quoi partager des émotions vécues sur le terrain, de quoi donner à rêver ou à méditer sur les relations que l'on peut entretenir avec la faune sauvage, de quoi servir à engager une démarche respectueuse de l'environnement dans lequel on se fondra pour réaliser des images, et de quoi faire émerger une sensibilité aux images naturellement obtenues. Egalement de quoi donner envie d'acquérir les connaissances naturalistes qui seront nécéssaires à une démarche qui se voudra éventuellement complète.

C'est donc un livre comportant beaucoup de textes et d'explications qui sera utile aux néo-pratiquants, car aujourd'hui les images en elles-même ne veulent plus rien dire dans l'absolu, dans la mesure où elles peuvent être obtenues facilement par des moyens détournés, et qui en tout cas, n'augurent pas forcément des compétences techniques et naturalistiques de leurs auteurs.

Un néo-pratiquant aura autant besoin de pédagogie, que de conseils techniques, ou de connaissances naturalistes. Malheureusement, la recherche de spots faciles constitue souvent une préoccupation majeure lorsqu'on débute, car tout le monde est persuadé que les bons coins font les bonnes images. Mais les choses ne sont pas si simples : il suffit de voir ce qui ressort d'un affût partagé, où sur un même sujet, chaque photographe aura fait des images différentes, tant en terme de qualité technique, que de cadrage, d'angles de prise de vue et de gestion de la lumière.

Se priver d'acquérir sa propre expérience, dans un domaine aussi sensible que celui de l'image de nature, c'est passer sur une étape primordiale : celle qui vous fera reconnaîtres et interpréter des indices naturels afin de découvrir vos sujets, vous fera les chercher aux bons endroits en fonction des saisons, de la lumière et du vent, vous donnera l'habitude de choisir les bons postes d'affût, et au final être capable de comprendre l'ensemble des interactions entre les êtres vivants d'un biotope donné, afin d'opérer en conséquence.

Tout cela ne s'apprend pas dans un livre, mais certaines publications peuvent donner envie de s'immerger dans la nature, d'en devenir un spectateur privilégié et d'en rapporter des images...

 

 

Artistique ou documentaire ?

La photographie de nature permet des expressions différentes : en effet, selon que l'on soit attiré par l'aspect esthétique des espèces et de leurs environnements, ou tout simplement par les rencontres naturelles avec les animaux sauvages, on peut être éventuellement amené à réaliser des images complètement différentes.

Ce n'est bien sûr pas systématique, mais la tendance générale fait que certains photographes ont leur propre style, souvent artistique et assez figé, voir stéréotypé, alors que d'autres sont plus perméables aux ambiances et aux lumières dans lesquelles évoluent leurs sujets, et réalisent des images assez variées, allant du très gros plan bien détaillé, jusqu'à la silhouette d'un sujet dans une lumière choisie .

Il n'est pas utile d'opposer les adeptes de la recherche d'esthétisme aux naturalistes, qui privilégient les détails sur leurs images sans renoncer pour autant aux qualités picturales de leurs sujets, car ces expressions relèvent de sensibilités différentes, et en tout cas, d'une façon particulière de restituer les émotions vécues sur le terrain.

Qualifier le travail des naturalistes de "photographie documentaire" revient à établir une hiérachie entre les différents pratiquants, élévant bien sûr celle des "artistes" au premier rang, en oubliant que le travail des naturalistes est bien plus complexe et fastidieux que celui de ceux qui cherchent simplement à faire de belles images.

Malheureusement la multiplications des concours de photographie de nature, et la surmédiatisation des images primées, ont fini par imposer un style à l'image de nature, qui consiste à rechercher presque systématiquement l'esthétisme et l'originalité, dans les images destinées à être présentées aux jurys.

La conséquence négative de cette mode est que beaucoup de néo-pratiquants s'enferment dans cette recherche d'esthétisme, privilégiant les images au style épuré, alliant les plans lointains, aux compositions audacieuses et aux lumières "choisies", souvent réalisées aux téléobjectifs afin de favoriser une faible profondeur de champ et des fonds flous harmonieux.

Si ces images sont belles, elles ne sont néanmoins pas représentatives de l'activité de photographie de nature : les images primées dans les concours ne sont pas forcément celles que préfèrent réaliser les photographes naturalistes, mais pour se faire un nom et commercialiser leurs images, beaucoup de photographes sont passés par cette  étape devenue quasi incontournable.

La multiplication des images d'ambiances, typiquement "ombres chinoises" de sujets lointains dans une lumière "travaillée", ou de proxy photos à profondeur de champ si étroite que l'on ne reconnait plus les sujets, est devenue à mon sens réductrice, et peu à même de valoriser le travail de recherche de qualité qui avait amené la plupart des photographes à cette spécialité.

Les photographes de nature sont capables de réaliser toutes sortes d'images, sans s'enfermer dans un genre particulier, et je pense que c'est une grande qualité : il est important de ne pas oublier qu'un bon photographe de nature, c'est avant tout quelqu'un qui sera capable de rapporter de bonnes images d'une situation, d'un sujet choisi ou d'une rencontre naturelle, et ce quel que soit le matériel à sa disposition à ce moment là !

Maîtriser toute sorte de matériel photographique et être capable de faire des images dans n'importe quelle situation, en inventant des outils et en adaptant ceux qui existent, demeurent les qualités premières du photographe de nature, devant la multiplicité des sujets existants, de leurs moeurs et de leurs environnements.

 

 

 

 

 

Le point sur le matériel : formats usuels et focales.

Pour rappel :

 Les focales des objectifs exprimées en millimètres correspondent à leur grossissement, soi par 10 fois environ pour un 500mm, par rapport à la couverture du format 24X36 pour lequel ils ont été dévelloppés.  La grande majorité des objectifs commercialisés depuis l'avènement de ce format issu de la technologie argentique, ont été construits pour former une image capable de couvrir un cercle de 43 mm de diamètre (diagonale du format 24X36). Qu'advient t'il de ces objectifs lorsqu'on les monte sur des boitiers numériques pourvus de petits capteurs 16X24 (diagonale 28mm )?

Il faut bien comprendre qu'à tirage mécanique égal ( distance entre le plan du capteur et la monture arrière de l'objectif) un objectif monté sur des boitiers différents ne change ni de focale, ni d'angle de champ, ni de luminosité. Donc passer d'un boitier à monture FX (pour nikon) à un autre de format DX ne modifie pas les caractéristiques optiques et mécaniques d'un objectif donné.

Par contre, les angles de champ résultants et les champs cadrés ne seront plus les mêmes pour un point de vue donné, seule l'ouverture F reste la même ( pas de perte de luminosité ).

Pour des raisons pratiques, les fabriquants ont conçu des objectifs spécifiques aux petits formats et ont fait le choix de conserver les mêmes échelles de distances focales exprimées en millimètre. Cela veut dire qu'un 18 mm prévu pour le format DX cadrera comme un 27 mm de format FX ( facteur de 1,5 pour le recadrage ); le même objectif monté sur un FX  ne pourra pas couvrir la totalité du format, les bords et les coins de l'image seront noirs, car il est conçu pour couvrir un cercle d'environ 30mm.

Conséquences pratiques des associations d'objectifs et de boitiers/capteurs de format différents :

Un 300 mm va cadrer, à distance égale, comme un 450 mm lorsqu'il sera monté sur un format DX Nikon ( 480 mm chez Canon dont le facteur de recadrage est de 1,6 fois, 600 mm chez Olympus dont le facteur est de 2 fois) sans perte de lumière, puisque le phénomène concerne un recadrage interne au boitier et non une multiplication de focale, comme on l'entend dire trop souvent et à tort !

Lorsqu'il y a multiplication de focale, par l'adjonction d'un complément optique TC14 ou TC 20 chez Nikon, le grossissement de l'objectif change et il y a perte de une à deux valeurs de luminosité ( 500/F4mm avec TC 14 = 700/5,6 mm, avec un grossissement optique réel de 14 fois ).

Concrètement, le petit format permet pour un même point de vue (distance entre l'appareil et le sujet )de cadrer plus serré. Autrement dit : pour obtenir un cadrage identique à celui d' un FX, l'opérateur doit reculer et se trouve plus éloigné de son sujet. D'où une profondeur de champ plus importante en DX qu'en FX ( la profondeur de champ augmente avec la distance ), et des fond flous ( bokeh ) plus marqués par les éléments éventuellements situés en arrière plan de l'image.

Ce format DX lié au petit capteur est très utile, par exemple pour photographier les petits animaux en proxy et macrophoto, car avec des objectifs macro standard le rapport 1 est obtenu à une distance plus grande qu'en FX, facilitant l'approche et l'éclairage des sujets, et également pour cadrer au téléobjectif des espèces de petites tailles difficiles à approcher.

Par contre, il n'y a pas l'effet multiplicateur qui grossit l'image comme avec un complément optique, et de ce fait la confirmation du point n'est pas facile à faire au téléobjectif sur des sujets lointains, ni  avec les viseurs à faible grossissement qui caractérisent certains boitiers DX.

D'autre part, la course aux pixels engagée par les marques, en demande toujours plus aux objectifs, et ce n'est pas sans conséquences sur certaines associations : ainsi, pour un même objectif , 24 millions de photosites sur un format FX d'une surface de 864 mm2, c'est moins contraignant à discerner que 24 millions sur un DX de seulement 384 mm2 !

Nous sommes passés de 6 mpx à 36mpx en une dizaine d'année, et ce n'est pas fini !

Pour comprendre les autres aspects techniques,liés aux caractéristiques des objectifs, et de sujets plus complexes car concernant les automatismes tels que l'autofocus et la stabilisation, je vous conseille de visiter le site internet de Pierre TOSCANI. ( voir dans la rubrique des liens )

Forums communautaires: attention !

La mode est aux forums communautaires, y compris dans le domaine de l'image de nature, et beaucoup d'entre nous peuvent être tentés par la perspective d'échanger avec des pairs autours de leurs images ou de leurs sujets de prédilection, ou encore à propos des aspects techniques de la prise de vue en milieu naturel et des relations qu'entretiennent les photographes avec les autres utilisateurs de la nature. 

Les motivations des personnes qui décident de s'inscrire sur les forums pour poster leurs images ou leurs sujets de discussions sont extrèmement variées et l'on peut y rencontrer absolument toute sorte de gens ! Des pros de l'image de nature, seuls ou accompagnés de leurs apprentis, qui viennent faire leur publicité pour vendre du safari ou d'autres prestations photographiques, des débutants qui viennent avec des images maladroites en pensant se faire encourager ou aider pour s'améliorer, et des photographes confirmés qui viennent simplement montrer leur travail : car on oublie souvent que les images sont d'abord faites pour être regardées !

D'autres sujets sont aussi régulièrement abordés sur ces forums, comme la législation en matière de protection des espèces et des habitats naturels, ou des activités comme la chasse et la destructions des espèces classées nuisibles par les arrêtés préfectoraux. Ou encore des sujets tout aussi prégnants comme ceux qui traitent de l'éthique, ou encore des résultats des concours photos et de leur organisation....C'est surtout là que ça se complique pour ceux qui souhaitent s'exprimer en toute liberté sur ces sujets, ou qui souhaitent simplement faire passer des messages pédagogiques et partager des connaissances naturalistes. Le forum, qui pourrait sembler au départ comme un bon moyen pour partager une passion, s'avère finalement être une galère de premier choix ! Cachées derrière des pseudonymes les personnalités les plus "amères" s'y lâchent sans retenue: critiques ciblées de mauvais goût et attaques personnelles fusent comme dans une cour de collège, proférées la plupart du temps par des sexagénaires qui s'ennuient chez eux ou par des "vedettes" locales en mal de reconnaissance. S'en suit des polémiques sans fin qui prêtent à rire dans un premier temps, puis qui deviennent lassantes et finissent par faire déguerpir les plus motivés.

N'envisagez donc pas ces forums comme autre chose que des galeries d'images, où chaque membre vient montrer son travail dans une vitrine gracieusement mise à disposition, sinon vous serez forcément déçu. Car, qu'il soit géré dans un but commercial par une revue spécialisée dans l'image de nature ou à vocation de partage par une communauté de photographes, un forum d'images reste un lieu privé, géré par un "staff" de modération qui fait ce qu'il veut des images et des commentaires que vous venez poster, et se garde le droit de supprimer ce que bon lui semble, ou encore de tolérer des uns ce qu'il n'acceptera pas des autres ( comprenez que les modérateurs sont des êtres humains qui ont aussi des amis parmi les membres du forum...)

 

Ainsi, la distribution de "galons" (classements, grades, étoiles ou rangs ) peut se faire automatiquement en fonction du nombre de messages postés, mais aussi à la discrétion des administrateurs, et d'une manière qui peut quelquefois paraître complètement ridicule, tant la distinction qui vient qualifier un membre peut être disproportionnée par rapport à ses réelles capacités ou qualités ( l'amitié peut aussi être aveugle chez les administrateurs de forums).

Autre caractéristique amusante et remarquable des forums d'images : le compteur de vues ! Certaines personnes semblent y attacher une grande importance et adoptent des stratégies qui leur permettent d'augmenter leur nombre de vues de façon étonnante : j'ai remarqué jusqu'à 250 000  vues en une seule nuit sur un fil de discussion ! des administrateurs bienveillants auront sans doute voulu faire plaisir à un ami...

Comme vous l'aurez compris, un forum d'images de nature n' est finalement rien d'autre que le miroir d'une société en réduction, où les relations humaines affichent les mêmes difficultés que dans la vraie vie Sourire !

Heureusement, on y rencontre aussi des gens très sympas, dommage que ce soit virtuellement la plupart du temps...

 

La photographie de nature au service de la biodiversité : Mythe ou réalité ?

La question qui fâche : le voeu de tout photographe de nature est-t'il de croire que ses images vont changer la façon dont on regardera le monde naturel ?

Qu'en est-t'il réellement ?

Tout d'abord, je pense que dans notre monde moderne, où l'utilisation de l'image est devenue incontournable, nul ne peut prétendre se passer de ce mode de communication sans courir le risque de voir son message sombrer dans le néant !

D'autre part, et s'agissant des motivations des photographes de nature : on peut constater l'existence d'un décalage entre les discours de circonstance concernant la nature, et une réalité sociétale qui consiste à chercher en priorité de la reconnaissance, en utilisant tous les moyens mis à sa disposition pour y parvenir. Cela va de l'utilisation des forums communautaires, des réseaux sociaux, de la presse, du référencement de sites internet, jusqu'aux concours photos. Il est certain que jamais une personne souhaitant faire passer un message militant n'a eu autant de moyens à sa disposition.

Pourtant on est en droit  de se poser la question suivante : la biodiversité a t'elle bénéficié de cet engouement pour la pratique de l'image de nature ? A ce stade, je n'en suis pas du tout certain:  car on confond bien souvent l'amélioration des connaissances générales du grand public concernant les espèces faunistiques et floristiques, avec la prise de conscience tant attendue de laquelle découlerait un regard bienveillant à l'égard des espèces et des biotopes qui sont sous sa responsabilité.

D'autre part, toute la biodiversité ne profite pas de cette "grosse" communication, car il y a des "laissés pour compte": paradoxalement les espèces locales les plus sensibles, comme les reptiles, les amphibiens et les insectes, qui continuent de disparaître sous nos yeux dans l'indifférence presque générale, et qui semblent peu représentatifs de l'image de nature "valorisante"pour les auteurs.

Si l'on rajoute une quête effrenée d'images originales, justifiant des comportements décalés par rapport aux motivations originelles des uns et des autres ( images faites en parcs, affûts payants, hot spots etc...), on arrive vite à un constat qui peut sembler négatif.

L'évolution de l'activité a été accélérée avec l'avènement du numérique et de l'internet : car faire des images de faune sauvage est aujourd'hui possible pour des "non-spécialistes", comme une simple activité de loisir, chose qui a toujours existé bien sûr, mais qui était freinée par le coût prohibitif du matériel de prise de vue. C'était surtout vrai du temps de la technologie argentique, où le coût de la diapositive et de la pellicule avait un sens, et où l'investissement en matériel ne se justifiait que pour des personnes particulièrement engagées dans la démarche.

Aujourd'hui, le prix du matériel s'est fortement démocratisé et le coût direct de l'image est nul, ou du moins le croit t'on ! Car peu de gens calculent réellement le prix de revient de leurs images.En réalité c'est toujours une activité très coûteuse, lorsque l'on prend en compte tous les éléments de la chaîne de l'image, et surtout leur pérpétuel renouvellement, savamment orchestrés par les marques et justifié par leurs avancées technologiques.

Mais les priorités individuelles ont changé : une société consumériste où les valeurs relatives au travail ont migré vers celles du temps consacré aux loisirs, admet volontiers qu'une part plus grande de son budget soit dédiée à des hobbies coûteux, comme celui de la photographie de nature ( typiquement ce qu'on voit le plus souvent, c'est l'achat d'un 500mm et d'un boitier pro, le tout d'une valeur neuve de 15000 euros, pour quelqu'un qui ne s'en servira que pour faire quelques images de piafs à la mangeoire le week-end, ou pendant ses congés dans les observatoires des parcs...).

Une nouvelle vague de photographes est arrivée à la nature par l'image et pour la représentation qu'ils en ont eu à travers les réseaux sociaux, les forums, les concours et les médias. Libre à chacun de porter un jugement de valeur sur leur démarche, qui pour moi ne diffère en rien de celle de la majorité de nos prédécesseurs, mise à part le fait que la toile rend fainéant et que l'on ne cherche plus forcément ses sujets dans la nature mais aussi sur les écrans, à travers les informations qui permettent de découvrir les spots de pdv.

Ce qui peut aussi donner lieu à des constats assez étonnants, comme de voir des personnes qui publient des images sans même connaître précisément le simple nom vernaculaire de l'espèce qu'ils ont photographié ! Ce qui était plus rare par le passé, car il fallait s'investir un minimum dans la connaissance des espèces pour trouver ses sujets. C'est d'ailleurs assez paradoxal de voir ce genre de situation perdurer aujourd'hui, alors que la toile permet de trouver des informations sur les espèces assez facilement.

Grâce aux images, et aux informations qui les ont accompagné, je pense que l'on a avancé globalement dans une meilleure connaissance des équilibres naturels et des espèces, mais je crois que la notion de maintien de la biodiversité reste encore vague pour un nombre important de nos contemporains, préoccupés par d'autres impératifs, plus économiques qu'écologiques.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site