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  • L'affût : une simple technique ou une véritable religion ?

    Sur les forums d'images et sur les réseaux sociaux, le débat récurent qui oppose les adeptes de l'affût à ceux de la billebaude peut paraître lassant : il a pourtant le mérite de pointer des comportements contradictoires avec l'image que renvoit la photographie de nature. En effet, derrière les images il y a des circonstances de prises de vues, et certaines sont critiquables au sens où elles se situent à l'opposé de ce qu'elles renvoient sur le plan pictural et symbolique. Ainsi, derrière une belle image de quiétude naturelle, se cache quelquefois une démarche d'approche à la hussarde, qui n'aura permis qu'une seule et unique rafale à huit images/secondes, avant la fuite éperdue du sujet complètement affolé ! C'est un exemple parmi d'autres des dérives comportementales engendrées par la recherche d'images faciles, qui permettent d'alimenter en flot continu les réseaux sociaux ou les forums. Bien entendu, tout cela n'est pas systématique et n'est pas le fait de tous les photographes, d'autant que la plupart des débutants agissent plus par ignorance que par principe, fuyant presque systématiquement l'affût, perçu d'emblée comme une perte de temps.

    Il est vrai que l'affût est incompatible avec l'état d'esprit de ceux qui veulent réussir vite ! Si l'activité favorite de beaucoup de photographes consiste en priorité à se trouver des précurseurs et à profiter le plus rapidement possible de leurs découvertes, il en est d'autres qui adoptent volontiers l'affût dans leur petit coin de nature, saisis par les émotions vécues au cours de ces moments d'attente et de comtemplation, et convaincus par les résultats obtenus. Car contrairement à ce que pensent les billebaudeurs, on fait beaucoup plus d'images à l'affût qu'à l'approche : en situation statique la qualité des images est meilleure dans l'absolu, et les comportements observés sont beaucoup plus intéressants que les croupes d'animaux fuyants devant la découverte d'un intrus ! Bien entendu, l'approche/affût combinée peut donner de très bons résultats sur des territoires où l'on connaît parfaitement les comportements des animaux, et où l'on s'accorde un peu de mobilité pour obtenir des images particulières, avec des angles et des lumières que l'on n'a pas pu trouver à l'affût, faute de points de vue disponibles adéquats.

    Il ne s'agit pas non plus de prétendre qu'il suffit de se mettre à l'affût derrière un téléobjectif pour réaliser d'emblée des images de faune sauvage : le répérage préalable et la connaissance des moeurs des espèces ciblées sont incontournables. Les connaissances naturalistes sont la clé d'entrée du monde dans lequel on veut s'immerger et qui nécéssite de laisser à sa porte le civilisé, pour ne laisser entrer que la part de sauvage qui subsiste en chacun de nous. Ainsi, traces et indices de présences, odeurs spécifiques et biotopes, vont devenir progressivement lisibles et interprétables pour celui qui prendra le temps de comprendre le monde naturel et de s'intéresser au moindre de ses habitants : car il n'y a pas de hiérachie dans ce monde, aussi surprenant que cela puisse paraître pour un homme rompu aux codes imposés par la vie en société. Dans la nature, si le plus gros ou le plus fort mange souvent le plus petit ou le plus faible, il en est tout de même complètement dépendant ! Toutes les actions interspécifiques sont passionnantes à observer et rendent l'affût particulièrement enrichissant pour un photographe tapi dans l'ombre d'une lisière ou d'une roselière, complètement dissimulé et intégré à son environnement. Assister aux spectacles naturels de cette manière n'a plus rien à voir avec une démarche active de recherche d'images, où l'on passe complètement à côté de l'essentiel : vivre de beaux moments de nature aux côtés de ses sujets de prédilection, avec égard et respect, faire oublier sa présence en demeurant passif et observer des comportements parfaitement naturels, sans parler des ambiances des extrémités du jour, qui nous offrent des lumières impensables et extraordinaires.

    L'affût n'est pas qu'une simple technique, c'est aussi un état d'esprit et une recherche d'émotions qui peuvent nous conduire à réflechir : par la mise en situation de contemplation qu'elle procure, cette démarche peut faire revenir un homme dans son monde d'origine, celui dont il n'aurait peut-être jamais dû s'extraire, car en s'élevant au dessus de sa condition naturelle n'est t'il pas devenu son propre problème ?

  • L'herbe est t'elle réellement plus verte ailleurs ?

    Dans le bocage de mon enfance on avait coutume de dire que si les vaches passent sous les clôtures, c'est parce que l'herbe est plus verte chez le voisin !

    Dans le petit monde de l'image de nature il semble que ce viel adage soit en passe de reverdir ! Aujourd'hui les photographes se marquent à la culotte afin de se succéder sur les plus grands spots naturels mondiaux : qui sera le premier à présenter des images de telle ou telle espèce à un concours prestigieux, ou à médiatiser la dernière rareté planétaire ?  Le fantasme de la notoriété fait des dégats, et pas que chez les grands photographes:   sur les forums et les réseaux sociaux on assiste à des déversements de clichés redondants, issus des mêmes affûts payants et des mêmes spots hyper fréquentés, où l'on reconnaît les branches, les supports, et les décors dans lesquels les animaux évoluent. Ces sites de prise de vue sont de véritables miroirs aux alouettes pour ceux qui pensent en revenir avec des images originales : nous les avons déjà toutes vues et revues, et depuis plus d'une trentaine d'années pour certaines !

    Alors faut t'il absolument voyager pour s'émerveiller d'un spectacle naturel, n'y a t'il pas autour de chez soi une espèce sauvage digne d'être mise en image, ou des ambiances et des lumières qui forcent l'admiration ? A croire que non, si l'on écoute ceux qui ne rêvent que de la chouette harfang, des ours d'alaska, et du confort des affûts payants espagnols, hongrois, ou finlandais. Le bonheur semble atteignable à ce prix et c'est suffisant pour la plupart des photographes, se poser ensuite la question de l'originalité des images reste superflu. L'engouement pour les espèces exotiques fait oublier que ce qui fait l'attrait pour une belle image de nature ce n'est pas que l'inaccessibilité d'une espèce, sa rareté, ou sa morphologie remarquable.  Derrière certaines images de faune sauvage locale se cachent de beaux moments de communion naturelle, où le photographe aura vécu sa quête comme l'aboutissement d'une démarche naturaliste complexe, qui aura nécéssité beaucoup d'investissement personnel et d'abnégation avant de réussir.

    Pour ma part, je pense que bien connaître les espèces sauvages qui nous entourent est important, car elles ont plus que jamais besoin de notre protection : rien ne semble plus banal qu'un triton alpestre ou une grenouille agile, pourtant ces animaux sont en passe de disparaitre parce qu'on s'intéresse moins à eux qu'aux ours blancs de l'arctique. Pas besoin de voyager loin pour se rendre compte que les mares, les haies, et les talus, ont été rasées par les pelles mécaniques, et qu'observer une couleuvre à collier ou un lézard vert est devenu compliqué en certains endroits. Pourtant, ces espèces observées et photographiées dans leurs environnements encore intacts, sont une source de bonheur et d'émotion intense pour un naturaliste. Je souhaite à tous de vivre ces moments simples, au détour du petit bois ou de la mare du coin, et de découvrir des voisins encore libres et sauvages...

     

  • Le point sur le matériel photographique.

     

    Lors de l'avènement de la technologie numérique nos habitudes furent durement bousculées : comme les seuls capteurs disponibles sur les boitiers de l'époque étaient de taille APS C, nos focales favorites ont été remplacées par des équivalences d'angles de champ visuel, autrement dit par des champs cadrés correspondant à des focales plus longues. Rappelons tout de même qu'un objectif ne change pas de focale lorsqu'il est monté sur un boitier à petit capteur, parler dans ce cas de coefficient multiplicateur est donc inapproprié : l'objectif ne grossit pas plus que lorsqu'il est monté sur un boitier à grand capteur, puisque le tirage mécanique du système de monture ne change pas. Parler de coefficient de recadrage est plus adapté, puisque l'angle de champ réduit est dû à la petite surface du capteur. Dit d'une autre manière : il faut reculer pour avoir un cadrage correspondant à celui qu'aurait montré le viseur d'un boitier à capteur 24X36, d'où cette perception de profondeur de champ plus étendue avec le petit format. Comme la profondeur de champ dépend de la distance qui sépare le sujet de l'opérateur et de l'ouverture du diaphragme, les fond flous encombrés sont moins agréables lorsque les sujets sont photographiés de loin avec une optique à petite ouverture. Par ailleurs, si les objectifs traditionnels ont été conçus pour former une image d'au moins 43 mm de diamètre ( la diagonale du format 24x36mm ), il existe également des objectifs pour le format 16x24 et qui forment un cercle de 28mm, que l'on ne peut donc pas monter sur des boitiers à grand capteurs, au risque d'avoir des angles et des bords d'image noirs.

    Les conséquences de ces combinaisons de boitiers APS-C et d'objectifs prévus pour le grand format, sont que nos focales habituelles sont devenues trop longues : si l'on utilisait un 300mm pour cadrer de grands animaux, comme le cerf élaphe par exemple, on se retrouvait soudainement avec un cadrage équivalent à 450mm, ce qui est problématique quand on travaille depuis plus de trente ans avec des couples boitiers/objectifs que l'on maîtrise parfaitement, et dont on connaît les résultats en qualité de fonds flous ( le fameux bokeh japonais...) aux distances habituelles d'utilisation.

    Malgré tout, les premières impressions furent positives, eu égard à la grande qualité d'image offerte par la technologie numérique. Les petits capteurs ne cadrent que le centre de l'image formée par les objectifs de type FF, qui est souvent meilleur optiquement que les bords et les angles à la plus grande ouverture. Ce recadrage réduit également le phénomène de vignettage. Ces boitiers à petits capteurs avaient pourtant des limites : certaines images étaient impossibles à faire, car si le recadrage peut paraître avantageux pour les longues focales utilisées sur des petits sujets, sur les objectifs à grands angles il s'avère être un gros inconvénient ! Un 28mm cadre comme un 43mm lorsqu'il est monté sur un APS-C, ce qui est vraiment problématique, et qui a rendu nécéssaire la fabrication d'objectifs spéciaux. Autre inconvénient, la qualité des fonds flous qui reste bonne avec des optiques lumineuses montées sur boitier APS-C, devient problématique à distance égale de prise de vue avec des zooms à petites ouvertures , où les sujets peinent à se détacher des environnements et des fonds chargés de végétation. Pour compenser il faut s'approcher des sujets, ce qui est assez contradictoire avec l'effet téléobjectif recherché ! De plus, la mode du recadrage encouragée par la haute résolution des petits capteurs, ne favorise pas vraiment les belles images. On assiste ainsi à une surenchère d'images très fortement recadrées, souvent granuleuses, et où les sujets lointains sont perdus dans des fonds flous très marqués.

    Aujourd'hui, les capteurs 24x36 nous ont permis de retrouver nos focales initiales, mais les habitudes prises avec le petit format ne sont pas que négatives : en macro et proxyphoto l'APS-C reste intéressant, car pour un même rapport de grandissement l'opérateur se trouve plus loin de son sujet, ce qui favorise l'approche d'animaux craintifs et l'éclairage de très petits sujets. Idem pour les petits animaux que l'on photographiait souvent de très près, la plupart du temps à la distance minimale de mise au point avec un 500/600mm, et pour lesquels le recadrage de l'APS-C permet de rester à distance pour une même taille d'image. Pour tous les autres sujets, le grand format conserve un net avantage, avec ses fond flous plus lisses, sa finesse d'image, et sa grande surface de capteur ( 864 mm2, contre 384mm2 ) qui permet une meilleure montée en sensibilité à résolution égale .

    Les objectifs et les boitiers ont évolué aussi, avec des automatismes plus performants : le plus apprécié en son temps fut l'exposition matricielle à mémoire, avec des posemètres devenus réellement fiables, puis un autofocus rapide capable de faire mieux que l'opérateur dans la majorité des situations, et enfin la stabilisation qui a permis de gagner sur les fameux temps d'obturation de sécurité que l'on s'imposait avec les longues focales. Par comparaison avec ce qu'ont connu les gens de ma génération, il est presque impossible aujourd'hui de tomber sur ce que l'on appelait jadis un "cul de bouteille", autrement dit un objectif incapable de présenter un contraste suffisant pour faire une image correcte. Si l' éclairage artificiel fut pendant longtemps difficile à maîtriser, aujourd'hui les automatismes sont capables de gérer plusieurs flashs en même temps.

    Les matériaux composites, le carbone, le magnésuium, ont remplacé l'aluminium, le laiton, le bois, et les autres matières qui constituaient les trépieds, les boitiers, et les objectifs. Gains de poids et confort d'utilisation, mais aussi absorption des vibrations et des chocs, insonorisation et isolation, sont les principaux avantages de ces matières.

    Si le nombre croissant de pratiquants n'a pas fait baisser le coût global du matériel photographique, tout laisse à croire qu'il a permis un développement technologique plus rapide, que l'on peut encore constater aujourd'hui avec l'avènement des boitiers sans miroirs et de leurs optiques spécifiques.

     

  • Reflexion sur la pratique de la photographie de nature...

     Il est courant aujourd'hui de s'interroger sur la pratique d'une activité humaine, en particulier lorsqu'elle exerce un impact sur l'environnement. Ce qui est le cas avec la photographie de nature, très largement pratiquée par nos contemporains. La technologie numérique et les évolutions du matériel photographique en ont beaucoup simplifié l'approche, en rendant les aspects techniques de cette activité beaucoup moins complexes.

    L'image de nature est devenue un simple loisir, alors qu'elle fut longtemps pratiquée par des naturalistes chevronnés ou par des spécialistes d'une espèce animale. Cela a des conséquences dont on commence seulement à mesurer l'ampleur et les impacts, que ce soit sur le terrain ou dans la sphère médiatique. Outre le fait qu'un nombre de pratiquants croissant pose un réel problème dans la nature, aussi bien par une affluence accrue sur des sites naturels, que par l'impact direct de cette présence sur les espèces végétales et animales, on constate que la publication massive des images via les forums communautaires et les réseaux sociaux, banalise cette activité au point de laisser à penser que tout à chacun peut réaliser des images de faune sauvage. Si cela reste vrai dans l'absolu, la réalité est tout autre : il y a une grande différence entre opérer sur un hot spot de prise de vue, où les animaux sont habitués à la présence quasi journalière de photographes, et une démarche qui consiste à chercher par soi-même à réaliser des images dans la nature. Cette approche, qui demanderait en principe de s'investir à minima dans une démarche de connaissance de la faune et de la flore, est pourtant souvent engagée au pied levé par des personnes qui n'ont pas de sensibilité particulière pour l'aspect naturaliste de cette activité. Le manque de connaissances naturalistes est un réel problème dans la nature, dans la mesure où la recherche d'images amène à fréquenter des sites de reproduction, où la simple présence d'un photographe peut être destructrice, alors même que pour un profane rien ne semble être critiquable : le cas des photographes évoluant les pieds dans une mare pendant de longs moments, cherchant des rainettes arboricoles ou des libellules perchées dans la végétation rivulaire, en est un bon exemple. Ont t'ils conscience qu'en pateaugeant ainsi dans la végétation aquatique, ils dévastent toute la reproduction des espèces amphibiennes du secteur, en écrasant les oeufs et les larves des tritons, des grenouilles, et des libellules ? Imaginez ce qui se passe en réalité s'ils sont plusieurs à le faire, ensemble ou à se succéder....

    Mon propos n'est pas d'établir une forme de hiérachie entre les différents pratiquants, mais d'aider à une réflexion sur les conséquences que ces approches différentes peuvent avoir sur la faune et la flore sauvage. La pratique de cette activité dans les observatoires publics, les affûts payants privés, ou les safaris accompagnés et encadrés, n'a pas le même impact sur la faune sauvage que l'arrivée massive de photographes sur une zone forestiere et ses alentours, au moment du brame du cerf.

    La fameuse notion de dérangement, évoquée sur les forums d'images pour des raisons souvent sans lien avec une quelconque réalité, est mise en évidence par beaucoup d'observateurs dans le cas de présences occasionnelles importantes de photographes dans la nature, et à des moments où la faune et la flore sont en phases de reproduction ou de floraison. Si la modification du comportement des animaux soumis au dérangement est très facile à constater, les conséquences à long terme sur leur biologie sont beaucoup plus difficiles à mesurer. C'est d'autant plus vrai pour des espèces comme le cerf ou le chevreuil, particulièrement soumis au dérangement pendant leurs périodes de rut, et qui ne trouvent plus de moments de calme pour se coucher et ruminer en paix, ou même pour patûrer en plein jour. Car certains amateurs peu avertis ou peu expérimentés, plutôt soucieux de "rentabiliser" leur investissement en temps et en matériel, pratiquent souvent sans précautions en se dirigeant à vue vers les animaux, ou en billebaudant sur une zone pendant des heures dans l'espoir de capter quelques images. Ce qui a pour conséquence à court terme de rendre les animaux extrèmement méfiants, discrets et nocturnes, surtout si le dérangement est régulier et important.

    Que dire de la prairie à orchidées ou à fritillaires, qui voit défiler des dizaines de personnes chaque jour, chacune piétinant sa portion de végétation, anéantissant ainsi de nombreuses possibilités de floraison. Même l'affût, pourtant considéré comme une méthode "douce" pour la pratique de l'image de nature, peut s'avérer dérangeante si les pratiquants sont nombreux et/ou ne connaissent pas les habitudes des animaux sur le secteur, ou s'ils ne tiennent pas compte de la circulation des masses d'air et des besoins vitaux de chaque espèce. J'ai vu avec étonnement un photographe arriver sur une prairie et s'installer derrière un filet tendu en plein milieu d'herbage: sa position dos au soleil couchant a fait que le moindre de ses mouvements en contre-jour était facilement répérable par les chevreuils, qui se sont bien gardés de sortir du bois !

    Malheureusement on ne peut pas prétendre tout régir et tout réguler, surtout lorsque l'engouement pour une activité a atteint un tel paroxysme. De nombreux émules sont nés grâce à la médiatisation des images des pratiquants déjà connus et reconnus, mais aussi à grand renfort de publicité organisée par les marques de matériel photographique, qui ont ciblé des catégories d'utilisateurs potentiels et développé des produits adaptés à leurs capacités. On dispose ainsi de gammes d'optiques spécifiquement conçues pour un usage polyvalent, accessibles au plus grand nombre financièrement, comme les télézooms stabilisés à grande amplitude de focale, et des gammes de boitiers à prix abordables.  Les moyens d'accès à l'information accrus, avec l'avènement d'internet et les applications qui permettent de découvir de futures destinations et des spots de prise de vue, ont joué un rôle non négligeable dans la course aux images. Certains photographes connus sont surpris par la tournure que prennent les évènements et s'interrogent publiquement : fallait t'il autant faire connaître cette activité, fallait t'il médiatiser aussi largement certaines images de faune exotique et ainsi susciter l'envie, fallait t'il partager ses destinations favorites en les mettant en ligne ? Certains le regrettent amèrement, au vu des véritables assauts que subissent tous les hots spots naturels de la planète.

  • Abécédaire de la photographie de nature....

    Comment faire le point sur la photographie de nature avec un peu d'humour : est-ce difficile d'étriller le dos de ses contemporains sans paraître trop acide, ou au contraire trop respecteux des codes relationnels ? Cet abécédaire pourrait plaire à ceux qui comprendraient ces lignes comme l'occasion de revoir leur point de vue sur la photographie de nature.

    Comme "Animal", ou être vivant qui sert d'exutoire à un grand nombre de personnes ayant des comptes à régler avec la sauvagerie, y compris avec leur ancien statut de chasseur cueilleur et de défricheur : on peut le tuer s'il est domestique et comestible, ou sauvage si l'on est muni d'un permis de chasser, le bannir de son jardin si l'on ne souhaite pas sa présence, et dans beaucoup de cas lui refuser le droit de vivre tranquille et de se reproduire en détruisant ses habitats naturels. Cible privilégiée d'une catégorie de photographes, l'animal sauvage semble plus intéressant quand il est rare, noble, et remarquable par son genre ou sa morphologie.

    Comme "Animalier ou animalière", spécialité photographique revendiquée et prisée par les amateurs de longues focales ( "je vais m'acheter un zoom 200/500 pour faire de l'animalier" : une expression courante sur les forums de photographie ).Cette activité pratiquée par des non naturalistes engendre souvent des comportements liés à la recherche d'images faciles à obtenir : bousculades sur les hot spots de prise de vue, fréquentation d'affûts payants, squattages massifs d'observatoires publics, et ruées sur les périodes de manifestations naturelles (migrations,ruts,floraisons,nidifications,etc. ..).

    B

    Comme "Brame": période où le cerf élaphe se plaît à signaler sa présence afin d'être mis en images, ou du moins c'est ce que semblent penser un certain nombre de pratiquants, qui se jettent littéralement sur lui à cette occasion ! Il n'est pas rare de voir des amateurs d'images courir vers les places de brame, guidés par des raires et le vent dans le dos, persuadés que notre beau coiffé est idiot au point de confondre le règne animal avec celui des réseaux sociaux...

    Comme "Beauté" avec un grand B, celle qui fait se lever tôt et coucher tard ceux qui ne jurent que par la lumière des extrémités du jour. On observe que ceux qui pratiquent de la sorte ne pensent et ne réagissent plus forcément comme les autres, sans doute trop absents des canapés aux heures où sont distillées les émissions télévisuelles qui font que les seconds ont éventuellement des choses différentes à méditer.

    C

    Comme "Capteur", cmos ou ccd, issus d'une technologie numérique qui peut donner l'impression de pouvoir s'abstenir des lois de la photographie ! En effet, la notion de qualité, tant appréciée et recherchée par les personnes de ma génération, semble passée aux oubliettes depuis l'avènement du numérique. Poster des images fortement recadrées, mal exposées et floues, aux teintes audacieuses et tenant plus de la bouillie de pixels lissés que de l'image au sens où on l'entend quand on évoque la photographie, est un exercice qui semble plaire aux iconoclastes des forums. Tout comme le mode de communication SMS, où l'on s'applique à écrire des "mots"avec le moins de lettres possibles, l'image est aujourd'hui potentiellement tronquable de ce qui faisait d'elle une oeuvre, un témoignage réaliste ou l'expression d'une émotion vécue, pour ne plus représenter que le symbole de la socialisation de son posteur. Exercice qui s'affranchit aisément de toute notion de qualité dans le cadre d'une visualisation sur un minuscule écran de smartphone, de tablette, ou d'une publication sur un écran de pc à faible résolution.

    D

    Comme "Durable" : pour des fabricants qui s'appuyent sur une technologie numérique en constante évolution l'affaire est devenue une véritable aubaine ! Les conséquences de cette débauche de production sont que tout matériel ou presque est devenu jetable, car souvent non réparable au delà de sa période de garantie, où il est de toute façon déjà remplacé au catalogue par le suivant, plus attractif et plus performant ! Et quand la technologie semble stagner sur des critères purement qualitatifs liés aux capteurs, les ingénieurs vous sortent des tiroirs une nouvelle monture de boitiers et d'objectifs, censés améliorer certains des aspects de l'image ou du confort d'utilisation, qui nécéssitent de changer tout votre système pour profiter de ces avancées. Résultat : le marché de l'occasion meure tout doucement pour des matériels de seulement quelques années d'âge, les armoires se remplissent de boitiers et d'objectifs invendables chez les pratiquants qui conservent longtemps, et/ou qui utilisent intensivement leur matériel photographique. Pour ceux qui suivent de près les évolutions technologiques et qui ont des moyens financiers conséquents , la situation est différente : achats et reventes se font à un rythme si rapide que l'on peut se demander si ces personnes ont réellement le temps de profiter de leurs acquisitions...D'autre part, et c'est très amusant à lire : les commentaires des forums qui encensent les nouveaux boitierx et objectifs, censés "enterrer" ceux qu'ils remplacent, eux-mêmes accueillis à grands coups de superlatifs quelques mois auparavant !

    Comme "Dérangement", notion relative au fait qu'approcher, affûter, manipuler, ou photographier des animaux sauvages, peut éventuellement leur être préjudiciable. Ce mot est souvent employé dans les commentaires des forums de photographies de nature par ceux qui ont un apriori négatif sur un auteur, une image, une série d'images, ou sur les informations qui les accompagnent. Généralement, ces commentaires négatifs sont proférés par ceux qui pensent que leur avis sur tout est plus important que l'expérience naturaliste des autres...Des personnes qui sont capables par ailleurs d'applaudir des images de chouettes harfang faites par des "stars" du genre, à l'aide d'appâts vivants que l'on traine sur la neige avec une canne à pêche, étonnant non ? Et bien entendu, quand on parle de dérangement dans la nature, on pense d'abord et surtout à celui qui est provoqué par les autres...

    E

    Comme "Emulation", celle dont j'ai bénéficié m'est venue de gens passionnés par la photographie et les rencontres avec la faune sauvage, enclins naturellement à partager leur savoir faire. Cet apprentissage fut sans commune mesure avec ce qui se pratique aujourd'hui, où les contacts se font à travers le prisme d'internet. Les conséquences sont connues: s'il est positif de pouvoir échanger avec ses pairs sur la pratique d'une activité comme la photographie de nature, on peut aussi constater que la publication de ses images via les forums communautaires ou les réseaux sociaux, reste un exercice bien plus difficile qu'il n'y paraît ! En effet, il convient de réfléchir avant de publier certaines images et informations, au risque de le payer en retour avec la réception de commentaires acerbes, de subir des attaques personnelles de mauvais goût, ou encore de constater que l'on s'est créé un "fan-club"qui piste toutes vos publications sur le web, en cherchant à savoir où vous réalisez vos images et où vous trouvez vos sujets. Faire des émules de cette manière n'est guère réjouissant, d'autant que la concurrence sur les points d'accès à la nature devient un véritable problème : là où nous étions trois ou quatre il y a vingt ans, un territoire peut aujourd'hui compter sur plus de trente photographes à l'occasion du brame du cerf. Ces situations engendrent des comportements de concurrence récurente et des situations d'extrème dérangement pour la faune sauvage. Les temps ont changés : ce n'est plus une rencontre et une main tendue qui ont amené un débutant vers la photographie de nature, mais une vidéo vue sur youtube, une offre payante de safari ou d'affût, un stage vendu par une célébrité, ou des informations glanées sur le web. Dans ces conditions, on imagine bien que la transmission des valeurs qui accompagnaient jadis une démarche initiatique ne soit plus du tout du même tonneau. Je citerai donc Diogène, pas pour le tonneau mais pour sa réponse à la question qui lui fut posée par Socrate :"Que cherches tu Diogène avec ta lampe allumée en plein jour ?", Diogène répondit "Un homme, un homme véritable..."

    Comme "Ethique" : vain mot qui désigne un ensemble de "règles" qui devraient, en théorie et selon certains, régir les comportements des photographes dans la nature. Dans les faits le respect d'une quelconque éthique est surtout indiqué pour les autres, car individuellement  chacun semble se sentir en droit de faire ce qu'il lui plaît...En tous cas, sur le terrain, on ne peut que constater un décalage entre les discours de circonstance affichés en matière d'éthique et les comportements réellement mis en oeuvre pour obtenir des images...

    F

    Comme"Focale": exprimée en millimètres elle indique, pour un objectif, un grandissemment d'image. Plus la focale est longue et plus elle intéresse le débutant, qui y voit un moyen de s'affranchir de la distance qui le sépare de ses sujets ! J'ai quelquefois entendu sur des lieux d'exposition :"moi aussi avec un 500 je ferais la même chose", et lors d'échanges sur ma pratique où on me faisait remarquer :" oui, mais vous avez votre matériel !", sous-entendu : c'est le matériel qui fait le photographe. Face à ces réactions il est important de rappeler qu'avant d'obtenir des clichés de qualité, il faut apprendre à gérer un parc de matériel assez diversifié et des paramètres de prise de vue dans des conditions extrèmement variables. Il y a également beaucoup de temps à passer sur le terrain pour régler des problèmes techniques: la construction d'affûts, les éclairage artificiels, l'adaptation et la fabrication de matériel spécifique, le repérage et la surveillance sur les sites naturels, les rencontres avec des propriétaires ou gestionnaires d'un site ou d'un terrain. Finalement, et contrairement à ce qu'on pourrait croire en observant ce qui se passe sur des spots de prise de vue où des photographes s'entassent quelquefois comme des harengs, acquérir un objectif de longue focale n'est pas suffisant pour réaliser des images d'animaux sauvages en milieu naturel.

    G

    Comme "Génération", celle du "tout et tout de suite" a vu le jour avec ce siècle, où il est de règle maintenant d'acheter du matériel sur internet en disposant d'une offre pléthorique, celle d'avant en a vécu les prémices avec la disparition progressive des artisans de la photographie et leurs points de vente. Le bilan est largement négatif, car ces artisans ont emporté avec eux leurs conseils techniques avisés, basés sur une expérience mise en pratique pendant des décénnies avec la technologie argentique, que les sites de vente ont remplacé par des commentaires d'acheteurs ! Ainsi, on peut voir l'acquéreur d'un objectif qui poste le lendemain ou dans la semaine suivant la réception de son matériel : " super objectif, fabuleux rendu,etc..." ! Et quand bien même il ferait une critique objective, en quoi serait t'il crédible aux yeux des internautes qui cherchent des informations ? De cette situation sont nés les fameux testeurs du net : des sites ayant "pignon sur toile" où l'on peut trouver des informations sur divers matériels avant de décider d'une éventuelle acquisition. On observe plusieurs types de sites : ceux qui ont choisi de reformuler les fiches techniques des fabricants à leur manière, en mettant surtout en avant les évolutions technologiques des nouveaux produits, ceux qui ne s'engagent que sur des tests de terrain et de prise en main, assortis de commentaires plutôt positifs afin de continuer à bénéficier du prêt de matériel des marques, et des sites de testeurs, mettant en oeuvre une ou plusieurs technologies pour tester les produits et publier leurs résultats sous forme de graphiques de performances, courbes FTM, et images didactiques. Ces sites sont très intéressants : on y trouve des informations objectives, comparatives et multiples. A fuir absolument : les conseils et commentaires des forums, où l'on peut lire à peu près n'importe quoi et son contraire à longueur de posts, rédigés par des personnes dont l'expertise ne peut pas être vérifiée, et ne possédant quelquefois même pas le matériel concerné par la discussion.

    H

    Comme " Histogramme", la technologie numérique a rendu chacun d'entre nous dépendant de son matériel informatique, condamné à passer des heures sur des écrans de pc. Activités particulièrement chronophages, la sauvegarde, le catalogage et le pos-traitement des fichiers numériques sont devenus incontournables et font partie désormais du temps consacré à cette activité. Méditons cependant sur le fait que ce temps là est pris sur autre chose, et espérons que ce ne soit pas sur le temps passé dans la nature...

    Comme " Historique ", retracer l'histoire de la photographie animalière n'est pas simple, car si du temps de l'argentique il existait déjà de nombreux et talentueux pratiquants, beaucoup d'entre eux sont restés inconnus du fait de l'absence de médiatisation. Quand on a débuté dans cette activité en utilisant des longues focales manuelles, en mesurant la lumière avec des cellules externes, en calculant ses ouvertures et ses temps de pose pour réaliser des prises de vue au flash, et passé ses nuits au labo pour obtenir des images à peine correctes, on trouve le monde numérique confortable ! Or si se batttre avec la technique n'est plus d'actualité, se trouver confronté à des problèmes d'éthique est nouveau, notamment pour ceux qui ont largement contribué à la vulgarisation de la photographie de nature :  des stars du genre s'interrogent aujourd'hui sur le fait d'avoir dans leur sillage des émules embarrassants, qui les succèdent sur tous les hots spots mondiaux qu'ils ont médiatisés, occasionnant un dérangement grandissant auprès d'espèces qui sont déjà soumises à d'autres pressions. Si ces personnes, qui n'ont souvent derrière elles qu'une vingtaine d'années de pratique, se trouvent dépassées par l'engouement que suscite aujourd'hui l'image de nature, imaginez ce que peuvent ressentir les anciens photographes naturalistes qui ne peuvent même plus profiter d' un petit coin de nature ordinaire sans être dérangés....

    I

    Comme "Idoine", vocable peu emprunté de nos jours, ce mot était utilisé pour désigner l'adéquation entre une chose ou un état,  avec un principe, une utilisation, une action, ou un comportement. Quel mot choisir pour qualifier la réaction des personnes qui se plaignent de ne pas voir leurs images primées lors des concours photographiques auxquels elles ont participé ?

    Comme"Image", quand cette notion est relative à la photographie on parle aussi d' un cliché, d'un instantané, ou d'une photo. Dire aujourd'hui que les aspects techniques relatifs à l'image photographique ont changé est un doux euphémisme : il devient même difficile de qualifier certaines des images dont nous sommes abreuvés. Faire la distinction entre une image post-traitée et une image "naturelle" est devenu complexe: les fichiers bruts subissent des traitements informatiques dans les boitiers, les montages par logiciels sont devenus courants et les assemblages d'images permettent des panoramiques ou des macros irréalisables par les méthodes classiques. Faut-il s'en plaindre, s'en offusquer, et ainsi le combattre, ou l'accepter comme une évolution ? Je pense qu'à partir du moment où l'on entre en numérique toutes les règles classiques sont bousculées. La technologie numérique permet de s'affranchir de beaucoup de contraintes : qui n'a pas été surpris de voir un fichier fortement bruité devenir par post-traitement une image exploitable ? Qui n'a pas recadré dans son fichier jusqu'à produire une composition harmonieuse, ou simplement pour "allonger" ses focales ? Et pour finir, qui n'a pas modifié ses courbes pour obtenir des couleurs qui valorisent une scène ou un sujet ?

    J

    Comme "Jeunisme", ou tentative de faire croire aux autres que l'on ne sera jamais vieux et nostalgique : le jeune photographe de nature empreint d'esthétisme flouté, de bokehs onctueux et de teintes audacieuses, s'évertue à tacler les pratiquants qu'il estime trop âgés pour apprécier les canons actuels de l'image de nature, multipliant les mots qui visent à les reléguer au rang de documentalistes et de résistants au changement. Pétri de convoitise pour les palmares des concours et leurs images primées, il fonce tout droit sur la piste tracée par les lauréats, en s'appliquant à copier les genres dans l'espoir d'une hypothétique reconnaissance .

    Comme " Jalousie", la photographie de nature n'est pas épargnée par cet atavisme ! D 'ailleurs pour quelle raison le serait-elle ? Ainsi, il est courant d'entendre des pairs se faire critiquer sur leur réussite, de voir circuler des informations négatives sur leurs comportements dans la nature, et même, dans les cas extrèmes, d'entendre tenir des propos diffamatoires à leur égard ! A l'instar de ce qui se passe pour les autres activités humaines, les auteurs de ces dérives n'ont souvent pour motivation qu'un gros doute sur leurs propres capacités.

    K

    Comme "Kilo octet", en lieu et place des pochettes de négatifs ou des boites de diapositives, chaque photographe se retrouve aujourd'hui à la tête d'un poids en octets de fichiers répartis sur des supports numériques. Ca prend moins de place et ça ne coûte pas cher, et bien que l'on ait jamais rien eu de concret entre les mains, la perte de ces octets est pourtant unanimement considérée comme une catastrophe. D'autre part, cela demande de se familiariser avec une langue supplémentaire, le geek, afin d'être compris par les autres adeptes de la technologie numérique : photographe de nature et forcément bilingue, les temps changent...

    L

    Comme "Légereté"eu égard au poids conséquent du sac à dos dans lequel on entasse son matériel photographique. La peur de manquer est un viel atavisme que l'on peut régulièrement observer lors de menaces sur une source d'énergie, ou d'indisponibilité de denrées alimentaires: à ces occasions on peut voir nos contemporains se ruer sur les pompes à carburants et dans les rayons de pâtes à tartiner des grandes surfaces de vente. Le photographe de nature ne fait pas exception à la règle du "je prends tout avec moi,on ne sait jamais", on peut ainsi le voir transpirer sur les sentiers pentus de ses vacances, chargé comme une tortue ninja, mais ravi de trouver un prétexte pour sortir son objectif grand angle du fond de son sac. Sur le chemin du retour on peut même le surprendre à tenir les propos suivants : "pour l'année prochaine il faut absolument que je m'achète un..."

    M

    Comme "Macrophotographie" et "Microphotographie", spécialité pointue de la photographie aux forts rapports de grandissement, elle fut longtemps dédiée aux gros plans de petits sujets, comme les insectes et la flore, avec comme principe d'être capable de restituer leurs plus fins détails, souvent invisibles aux distances d'observation habituelles. Ces dernières années cette spécialité s'est très fortement démocratisée, et a évolué au point de ne plus avoir de lien véritable avec son domaine d'origine ! Baptisées "macros", la plupart des images présentées sous ce terme ne sont bien souvent que des proxyphotos où l'on ne reconnait plus forcément le sujet, tant il se trouve loin de la lentille frontale et manque cruellement de profondeur de champ pour afficher tous les détails qui permettrait une identification. On peut encore y voir une influence de la mode des concours de photographie, où sont privilégiées les images harmonieuses sur le plan esthétique, plutôt que répondant à un cahier des charges technique bien précis : forts rapports de grandissement, souvent compris entre 0,5 et 1, voir plus pour la microphoto, et profondeur de champ étendue, permettant d'apprécier le sujet dans son ensemble.

    N

    Comme "Numérisation", technique permettant à une image de passer d'un support physique à un "support" virtuel. Transformer des négatifs ou des diapositives en fichiers numériques fut une étape du processus qui amena les photographes à abandonner progressivement la technologie argentique. Devant son armoire remplie de boîtes de négatifs ou de diapos, chacun a pu vivre un véritable cauchemar : faut t'il tout numériser et passer le reste de son temps libre devant le scanner ? Faire un tri et ne garder que l'excellence, mais comment justifer alors le fait d'avoir stocké jusqu'ici plus de 30 000 diapositives et négatifs ? C'est avec circonspection que chacun a du réagir avant d'abandonner l'idée de tout sauvegarder en numérique : car comment justifier aujourd'hui la conservation de documents argentiques scannés lorsque l'on compare les deux technologies ? En terme de qualité, la technologie argentique est dépassée depuis l'avènement des premiers capteurs de 6 millions de pixels, qui présentaient une finesse d'image surpérieure à n'importe quel film. En effet, quand on scanne un négatif on se heurte à la limite des grains d'halogénure d'argent qui constituent l'image fixée dans la gélatine de la pellicule, et ils sont de taille supérieure aux pixels générés par les capteurs ! Quelle émotion lorsqu'on pense à tous ces documents argentiques, chèrement acquis et stockés avec précaution, en témoignage de dizaines d'années de prises de vues et de souvenirs liées aux sujets qu'ils représentent. Ils sont pourtant au fond d'un placard, numérique oblige...

    O

    Comme "Original": sur les sentiers battus et rebattus de l'image de nature, faire dans l'originalité aujourd'hui relève presque de l'exploit ! Pourtant, certains ont trouvé des subterfuges pour présenter des images de comportements ou de situations extraordinaires, voir improbables. On connait tous les tricheries de base, comme les fleurs coupées que l'on installe ensuite dans une ambiance choisie, ou les animaux photographiés en captivité et les locations d'espèces apprivoisées, mais certains petits malins vont plus loin : ils n'hésitent pas à coller à la glue des insectes ou des petits animaux dans des décors, ou à utiliser des animaux morts ou naturalisés pour réaliser leurs phantasmes d'images orginales ! Si l'on voit plus ou moins régulièrement des serpents photographiés morts sur les forums d'images, ou des oiseaux blessés photographiés au sol, on n'a pas l'habitude dans les grands concours prestigieux de faire face à des montages ingénieux comme celui qui a été présenté dernièrement : un tamanoir naturalisé, photographié dans une scène de nuit, où il aura quand même fallu l'intervention du musée qui expose le spécimen pour déjouer la tricherie !

    Comme"Observatoire": comme son nom ne l'indique pas, ce n'est pas un lieu dédié à l'observation de la faune sauvage, mais un endroit particulièrement recherché par certains photographes, où il faut jouer des coudes et d'habileté pour faire passer un objectif de longue focale dans une étroite lucarne...

    P

    Comme" Photococheur", "Photophile",ou encore "Photovore", difficile de qualifier autrement ceux qui postent chaque soir leurs images du jour sur des forums spécialisés, ou sur les réseaux sociaux. Des endroits où ils distillent de véritables logorhées picturales, particulièrement fades et pauvres en qualité, mais saluées par des pairs complètement anésthésiés par la vision de ce qu'il leur reste à faire pour les égaler ! On peut y voir d'horribles recadrages, souvent bien plus de 75%, fortement pixellisés et bruités, des coups de tampon maladroits pour masquer les grillages ou les éléments susceptibles d'indiquer que l'origine des images n'a rien de sauvage, des couleuvres mortes enroulées dans l'herbe que l'on essaie de vous faire avaler, des croupes de chevreuils qui fuient et que l'on qualifie pour la circonstance de "joueurs", etc....Le tout réalisé par des personnes qui n'ont même pas pris la peine de se documenter sur le simple nom vernaculaire des espèces qu'elles vont chaque jour photographier ! Que dire des informations et commentaires délirants qui entourent la publication des images d'espèces sensibles : sangliers présentés comme agressifs et dont on salut le courage de l'auteur des images, des serpents dont on continue de faire circuler les plus grosses âneries à leur sujet, comme les lâchers de vipères par hélicoptère, les couleuvres qui têteraient les vaches et j'en passe. Finalement, on a toujours pensé que si le grand public s'intéressait plus à la biodiversité, tout irait mieux, mais on voit bien que rien n'est plus contradictoire : il n'y a jamais eu autant de monde à se bousculer dans les observatoires publics et sur les sites naturels, mais si ce n'est que pour rapporter de quoi garnir des pages à liker on est en droit de s'inquiéter !

    Comme "Poule aux oeufs d'or" et comme "Pigeon". Chacun de ces oiseaux est dépendant de l'autre: l'un représente une technologie en constante évolution et extrèmement rentable, la photographie numérique, et l'autre un utilisateur inconditionnel qui succombe invariablement au chant lancinant des sirènes du marketing. Vu d'un oeil amusé, cela ressemble à une fable dont la morale serait complexe à établir : qui du pigeon ou de la poule est au service de l'autre ? Le volatile consumériste semble insatiable, et l'autre dit pondre sans cesse de nouveaux produits pour répondre à la demande du premier !

    Q

    Comme "Qualité", notion désuette aujourd'hui, par bien des aspects : les anciens pratiquants ont toujours cherché à réaliser des images nettes, bien exposées et capables de mettre en valeur leurs sujets, leurs comportements et leurs attitudes. Avec le matériel de l'époque argentique c'était un peu compliqué : mise au point manuelle, éclairage au flash complexe à mettre en oeuvre et posemètres approximatifs, faisaient que l'exercice pouvait s'avérer difficile. Les dernières avancées techniques de l'argentique avaient en partie résolu la plupart des problèmes, sauf celui du support : 36 vues embarquées dans une bobine étanche à la lumière, qu'il fallait changer sur le terrain, quelquefois après une seule rafale à 6 images par seconde ! Un rapide calcul vous amènera facilement à comprendre la complexité du problème : si je réalise aujourd'hui plus d'une centaine d'images sur une seule séance d'affût sans changer de carte mémoire, à l'époque j'aurais dû prévoir pour le faire, cinq rouleaux de pellicules et en changer au moins quatre pendant la prise de vue. Il va sans dire que le confort moderne est sans équivalent ! Que dire de la qualité des fichiers numériques issus des capteurs : une définition maximale et une montée en sensibilité qui dépasse de très loin les 200 ou 400 iso des meilleures pellicules de l'ancienne technologie, avec à la clé une possibilité d'aggrandissement photo énorme. Là où on peinait à sortir un A3 de qualité, on peut presque couvrir un mur avec des fichier de 50 millions de pixels ! On peut, mais on ne le fait pas, et c'est ça qui est terrible : se rendre compte que du matériel aussi performant ne sert la majorité du temps qu'à sortir des vignettes à coller sur un mur virtuel, ou à être affichées sur le site web de leur auteur...

    R

    Comme"Résistance", résistance aux canons modernes de l'image de nature : oui, j'apprécie les gros plans bien détaillés, avec un petit point de lumière dans l'oeil du sujet et où on peut compter les poils de la bête ! Je suis sensible à l'esthétisme, mais pas n'importe lequel, et en particulier pas celui qui fait s'extasier devant une image à la mode. Mais plutôt devant celle qui démontre qu'un photographe aura été capable de conjuguer qualité et maîtrise technique, avec une mise en harmonie de son sujet dans un biotope, ou avec un moment de lumière donné. En dehors de toutes considérations relatives à la rareté ou à l'exotisme du sujet, mais en privilégiant plutôt un regard sur une espèce commune, car c'est souvent là que l'on peut voir les meilleures images : par la facilité d'accès à l'espèce, elles sont susceptibles d'avoir été pensées et déjà plusieurs fois tentées, avant la présentation d'images abouties.

    Comme"Reconnaissance", celle dont tout le monde a en principe besoin pour continuer de s'exprimer avec ses images, pour conserver intactes ses motivations de départ et ainsi rester capable de s'émerveiller devant un spectacle naturel tout à fait ordinaire.

    S

    Comme "Sensibilité", les dernières générations de capteurs numériques affichent des valeurs stratosphériques dans ce domaine, et il n'est pas rare de voir 12800 iso présentés comme une valeur capable de produire des fichiers exploitables. Il est illusoire de prendre pour argent comptant les fiches techniques des fabricants, car si ces capteurs sortent des fichiers corrects à 12800 iso sur des mires de test éclairées artificiellement, ou en situation de plein jour, ce n'est plus le cas lorsque la lumière a disparu. Il faut bien comprendre qu'avec un objectif ouvert à F 2,8 et un posemètre réglé à 6400 iso, lorsqu'on est au 30 ème de seconde il fait quasiment nuit !

    Comme "Sauvage" ou libre, par opposition à captif ou apprivoisé :  les photographes de nature mettent en avant leur passion pour la faune dite "sauvage" et les grands espaces de solitude, on s'étonne donc de les voir se regrouper en si grand nombre dans les endroits surfréquentés où, paradoxalement, les animaux sont le moins farouches possible !

    T

    Comme"Tenue de camouflage", la vulgarisation de l'activité de photographie de nature fut l'occasion de voir fleurir un nombre incroyable de produits destinés à camoufler le matériel de prise de vue et les opérateurs. D'abord empruntés aux activités déjà existantes, en lien avec la chasse ou les surplus militaires, certains produits ont été par la suite fabriqués spécifiquement pour la photographie. Toujours est-t'il que l'offre est pléthorique dans ce domaine : toutefois, si le camouflage du matériel est intéressant, car il le protège des chocs, élimine les éventuels reflets des surfaces peintes et atténue les bruits de fonctionnement, les tenues vestimentaires sont parfois un peu trop sophistiquées pour présenter un réel intérêt dans la nature. Les sur-tenues comme les Ghillies ou similaires, présentent plus d'inconvénients que d'avantages: leur usage peut s'avèrer complexe eu égard aux accrochages incessants dans la végétation, car il est très rare que l'on ne soit pas amené à bouger un peu, même à l'affût, et au fait qu'elles viennent ajouter une épaisseur de vêtement supplémentaire, très inconfortable quand il fait chaud. Une simple tenue de camouflage complète et adaptée à l'environnement dans lequel on opère est suffisante pour rendre l'opérateur efficace, un filet peut aussi s'avérer nécéssaire dans certaines conditions. Mais dans tous les cas il faut faire simple et veiller à ce que sa silhoutte ne soit pas visible en contre-jour, ou ne tranche pas avec le décor. Inutile de se déguiser en sniper pour devenir photographe de nature, l'habit ne fait pas le moine !

    Comme " Traces ", ou encore "marcher dans les pas de ", activité en très forte augmentation depuis que les moyens de médiatisations se sont multipliés...

    U

    Comme "Utilisateur" : un nouveau concept que celui des utilisateurs de la nature ! Jadis considérée comme un fléau à combattre, que ce soit par le défrichage systématique, ou par la lutte contre les "nuisibles" et plus récemment par l'aménagement, la nature et sa biodiversité font aujourd'hui l'objet d'une large exploitation touristique. Dans ce contexte, la notion d'utilisateur prend tout son sens lorsqu'il faut partager l'espace naturel avec des personnes dont les motivations sont très différentes. Ainsi, cavaliers, vététistes, marcheurs nordiques, trekeurs, randonneurs, promeneurs, touristes, quadistes, motocyclistes, chasseurs, pêcheurs, naturalistes et photographes, se succèdent maintenant sur les sites naturels ou sur leurs chemins d'accès, avec une intensité maximale à certains moments de la semaine ou de l'année. Ainsi, lors d'un affût en milieu forestier à l'occasion d'un week-end prolongé, et à ma grande surprise car je me trouvais assez loin de tout chemin carrossable, j'ai vu défiler une centaine de personnes en une seule journée : plusieurs groupes de randonneurs, de cavaliers, de quads et de vététistes, et un photographe billebaudeur ...

    V

    Comme"Vedette", un terme peu utilisé de nos jours, auquel on lui préfère souvent "Star", eu égard à l'anglicisation qui frappe notre langage courant. Le statut de vedette ou de star s'acquiert par la médiatisation de sa production, et s'accompagne généralement d'une notoriété proportionnelle à l'engouement qu'elle suscite auprès d'un public donné. Le microcosme de la photographie de nature possède ses propres vedettes, des stars qui servent souvent de référence aux néophytes en recherche de style. C'est un paradoxe car le style est propre à chacun par principe, et le copier n'apporte rien à l'art. Il faut croire que cette notion échappe à beaucoup de mes contemporains : car s'il existe des règles courantes en photographie, on constate que c'est en ne les respectant pas que certains se sont fait un nom dans l'image de nature. Ces mêmes règles de composition-cadrage qu'il est amusant de voir rappeler, à ceux qui viennent poster des images sur les forums, par des personnes qui encensent par ailleurs les vedettes qui ne les respectent pas. Il est donc déconseillé lorsqu'on est un inconnu de décadrer au delà de la règle des tiers, de forcer sur les courbes de tonalité et de constraste, de poster des images floues et mal orientées en projection. Ce qui n'est pas le cas lorsqu'on est déjà connu, car ces "défauts" sont alors associées à un exercice de style !

    W

    Comme"Web", ou www ou "toile mondiale", incontournable de nos jours pour exister . A essayer absolument pour ceux qui veulent se découvrir : après avoir passé une semaine ou deux dans la nature sans internet, si vous en êtes toutefois capables, notez ensuite ce que seront vos tous premiers gestes...

    X

    Comme"Xénophilie", qui fut la motivation des premiers naturalistes, explorateurs et découvreurs :  si cette attirance pour l'inconnu fut un trait de caractère commun à beaucoup de naturalistes, comment interpréter l'attitude des photographes de nature qui ne font que se succéder sur les spots archi-connus de prise de vue ?

    Y

    Comme"Ysopet": auteur célèbre, Jean De La Fontaine en rédigea un grand nombre en choisissant le registre animalier pour caricaturer et critiquer les gens de son monde. Aujourd'hui, puiser dans la nature son inspiration et les ressources qui seront utiles à l'expression de son art, de ses émotions, ou de ses sentiments, demeure toujours d'actualité.

    Z

    Comme"Zoologie", ou encore "sciences naturelles", matière d'enseignement qui fut souvent considérée comme inspiratrice pour les naturalistes en herbe. La curiosité n'est plus un défaut lorsque l'on étudie le vivant : avec ce précepte on trouve facilement le rythme qui convient à l'observation et à la compréhension du monde naturel.

    Comme " Zoom ", qui semble pour un certain nombre de personnes l'ultime outil pour photographier les animaux sauvages : il est courant d'entendre dire qu'il faut un sacré zoom pour faire ce genre d'images ! De fait, on peut  constater que sur la plupart des observatoires publics et des sites hyper fréquentés, les amateurs d'images sont équipés de super zooms. C'est assez étonnant parce que peu de télézooms sont utilisés sur le terrain par les spécialistes de l'image de nature, car leurs caractéristiques qui se veulent universelles et leurs performances actuelles ne sont pas toujours adaptées aux différentes conditions de prises de vue.  Le spécialiste est équipé de plusieurs objectifs dédiés : macro et micro photo, proxy photo, paysages et biotopes, affût à courte distance en milieu fermé, ou à grande distance en milieu ouvert, photographie pilotée à distance, ou photo de nuit, qui nécéssitent des focales adaptées et des outils spécifiques, tant sur le plan lumineux que sur un plan pratique et ergonomique. Il faut considérer qu'une bonne image n'est pas dûe qu'à un fort grossissement : c'est aussi un sujet qui se détache de son environnement, des fond flous bien lisses, et une hautre qualité de contraste !