Artistique ou documentaire ?

La photographie de nature permet des expressions différentes : en effet, selon que l'on soit attiré par l'aspect esthétique des espèces et de leurs environnements, ou tout simplement par les rencontres naturelles avec les animaux sauvages, on peut être éventuellement amené à réaliser des images complètement différentes.

Ce n'est bien sûr pas systématique, mais la tendance générale fait que certains photographes ont leur propre style, souvent artistique et assez figé, voir stéréotypé, alors que d'autres sont plus perméables aux ambiances et aux lumières dans lesquelles évoluent leurs sujets, et réalisent des images assez variées, allant du très gros plan bien détaillé, jusqu'à la silhouette d'un sujet dans une lumière choisie .

Il n'est pas utile d'opposer les adeptes de la recherche d'esthétisme aux naturalistes, qui privilégient les détails sur leurs images sans renoncer pour autant aux qualités picturales de leurs sujets, car ces expressions relèvent de sensibilités différentes, et en tout cas, d'une façon particulière de restituer les émotions vécues sur le terrain.

Qualifier le travail des naturalistes de "photographie documentaire" revient à établir une hiérachie entre les différents pratiquants, élévant bien sûr celle des "artistes" au premier rang, en oubliant que le travail des naturalistes est bien plus complexe et fastidieux que celui de ceux qui cherchent simplement à faire de belles images.

Malheureusement la multiplications des concours de photographie de nature, et la surmédiatisation des images primées, ont fini par imposer un style à l'image de nature, qui consiste à rechercher presque systématiquement l'esthétisme et l'originalité, dans les images destinées à être présentées aux jurys.

La conséquence négative de cette mode est que beaucoup de néo-pratiquants s'enferment dans cette recherche d'esthétisme, privilégiant les images au style épuré, alliant les plans lointains, aux compositions audacieuses et aux lumières "choisies", souvent réalisées aux téléobjectifs afin de favoriser une faible profondeur de champ et des fonds flous harmonieux.

Si ces images sont belles, elles ne sont néanmoins pas représentatives de l'activité de photographie de nature : les images primées dans les concours ne sont pas forcément celles que préfèrent réaliser les photographes naturalistes, mais pour se faire un nom et commercialiser leurs images, beaucoup de photographes sont passés par cette  étape devenue quasi incontournable.

La multiplication des images d'ambiances, typiquement "ombres chinoises" de sujets lointains dans une lumière "travaillée", ou de proxy photos à profondeur de champ si étroite que l'on ne reconnait plus les sujets, est devenue à mon sens réductrice, et peu à même de valoriser le travail de recherche de qualité qui avait amené la plupart des photographes à cette spécialité.

Les photographes de nature sont capables de réaliser toutes sortes d'images, sans s'enfermer dans un genre particulier, et je pense que c'est une grande qualité : il est important de ne pas oublier qu'un bon photographe de nature, c'est avant tout quelqu'un qui sera capable de rapporter de bonnes images d'une situation, d'un sujet choisi ou d'une rencontre naturelle, et ce quel que soit le matériel à sa disposition à ce moment là !

Maîtriser toute sorte de matériel photographique et être capable de faire des images dans n'importe quelle situation, en inventant des outils et en adaptant ceux qui existent, demeurent les qualités premières du photographe de nature, devant la multiplicité des sujets existants, de leurs moeurs et de leurs environnements.

 

 

 

 

 

 
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