Reflexion sur la pratique de la photographie de nature...

  • Le 27/02/2022
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 Il est courant aujourd'hui de s'interroger sur la pratique d'une activité humaine, en particulier lorsqu'elle exerce un impact sur l'environnement. Ce qui est le cas avec la photographie de nature, très largement pratiquée par nos contemporains. La technologie numérique et les évolutions du matériel photographique en ont beaucoup simplifié l'approche, en rendant les aspects techniques de cette activité beaucoup moins complexes.

L'image de nature est devenue un simple loisir, alors qu'elle fut longtemps pratiquée par des naturalistes chevronnés ou par des spécialistes d'une espèce animale. Cela a des conséquences dont on commence seulement à mesurer l'ampleur et les impacts, que ce soit sur le terrain ou dans la sphère médiatique. Outre le fait qu'un nombre de pratiquants croissant pose un réel problème dans la nature, aussi bien par une affluence accrue sur des sites naturels, que par l'impact direct de cette présence sur les espèces végétales et animales, on constate que la publication massive des images via les forums communautaires et les réseaux sociaux, banalise cette activité au point de laisser à penser que tout à chacun peut réaliser des images de faune sauvage. Si cela reste vrai dans l'absolu, la réalité est tout autre : il y a une grande différence entre opérer sur un hot spot de prise de vue, où les animaux sont habitués à la présence quasi journalière de photographes, et une démarche qui consiste à chercher par soi-même à réaliser des images dans la nature. Cette approche, qui demanderait en principe de s'investir à minima dans une démarche de connaissance de la faune et de la flore, est pourtant souvent engagée au pied levé par des personnes qui n'ont pas de sensibilité particulière pour l'aspect naturaliste de cette activité. Le manque de connaissances naturalistes est un réel problème dans la nature, dans la mesure où la recherche d'images amène à fréquenter des sites de reproduction, où la simple présence d'un photographe peut être destructrice, alors même que pour un profane rien ne semble être critiquable : le cas des photographes évoluant les pieds dans une mare pendant de longs moments, cherchant des rainettes arboricoles ou des libellules perchées dans la végétation rivulaire, en est un bon exemple. Ont t'ils conscience qu'en pateaugeant ainsi dans la végétation aquatique, ils dévastent toute la reproduction des espèces amphibiennes du secteur, en écrasant les oeufs et les larves des tritons, des grenouilles, et des libellules ? Imaginez ce qui se passe en réalité s'ils sont plusieurs à le faire, ensemble ou à se succéder....

Mon propos n'est pas d'établir une forme de hiérachie entre les différents pratiquants, mais d'aider à une réflexion sur les conséquences que ces approches différentes peuvent avoir sur la faune et la flore sauvage. La pratique de cette activité dans les observatoires publics, les affûts payants privés, ou les safaris accompagnés et encadrés, n'a pas le même impact sur la faune sauvage que l'arrivée massive de photographes sur une zone forestiere et ses alentours, au moment du brame du cerf.

La fameuse notion de dérangement, évoquée sur les forums d'images pour des raisons souvent sans lien avec une quelconque réalité, est mise en évidence par beaucoup d'observateurs dans le cas de présences occasionnelles importantes de photographes dans la nature, et à des moments où la faune et la flore sont en phases de reproduction ou de floraison. Si la modification du comportement des animaux soumis au dérangement est très facile à constater, les conséquences à long terme sur leur biologie sont beaucoup plus difficiles à mesurer. C'est d'autant plus vrai pour des espèces comme le cerf ou le chevreuil, particulièrement soumis au dérangement pendant leurs périodes de rut, et qui ne trouvent plus de moments de calme pour se coucher et ruminer en paix, ou même pour patûrer en plein jour. Car certains amateurs peu avertis ou peu expérimentés, plutôt soucieux de "rentabiliser" leur investissement en temps et en matériel, pratiquent souvent sans précautions en se dirigeant à vue vers les animaux, ou en billebaudant sur une zone pendant des heures dans l'espoir de capter quelques images. Ce qui a pour conséquence à court terme de rendre les animaux extrèmement méfiants, discrets et nocturnes, surtout si le dérangement est régulier et important.

Que dire de la prairie à orchidées ou à fritillaires, qui voit défiler des dizaines de personnes chaque jour, chacune piétinant sa portion de végétation, anéantissant ainsi de nombreuses possibilités de floraison. Même l'affût, pourtant considéré comme une méthode "douce" pour la pratique de l'image de nature, peut s'avérer dérangeante si les pratiquants sont nombreux et/ou ne connaissent pas les habitudes des animaux sur le secteur, ou s'ils ne tiennent pas compte de la circulation des masses d'air et des besoins vitaux de chaque espèce. J'ai vu avec étonnement un photographe arriver sur une prairie et s'installer derrière un filet tendu en plein milieu d'herbage: sa position dos au soleil couchant a fait que le moindre de ses mouvements en contre-jour était facilement répérable par les chevreuils, qui se sont bien gardés de sortir du bois !

Malheureusement on ne peut pas prétendre tout régir et tout réguler, surtout lorsque l'engouement pour une activité a atteint un tel paroxysme. De nombreux émules sont nés grâce à la médiatisation des images des pratiquants déjà connus et reconnus, mais aussi à grand renfort de publicité organisée par les marques de matériel photographique, qui ont ciblé des catégories d'utilisateurs potentiels et développé des produits adaptés à leurs capacités. On dispose ainsi de gammes d'optiques spécifiquement conçues pour un usage polyvalent, accessibles au plus grand nombre financièrement, comme les télézooms stabilisés à grande amplitude de focale, et des gammes de boitiers à prix abordables.  Les moyens d'accès à l'information accrus, avec l'avènement d'internet et les applications qui permettent de découvir de futures destinations et des spots de prise de vue, ont joué un rôle non négligeable dans la course aux images. Certains photographes connus sont surpris par la tournure que prennent les évènements et s'interrogent publiquement : fallait t'il autant faire connaître cette activité, fallait t'il médiatiser aussi largement certaines images de faune exotique et ainsi susciter l'envie, fallait t'il partager ses destinations favorites en les mettant en ligne ? Certains le regrettent amèrement, au vu des véritables assauts que subissent tous les hots spots naturels de la planète.

 

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