L'affût : une simple technique ou une véritable religion ?

  • Le 06/06/2022
  • 0 commentaire

Sur les forums d'images et sur les réseaux sociaux, le débat qui oppose les adeptes de l'affût à ceux de la billebaude peut paraître stérile : il a pourtant le mérite de pointer des comportements contradictoires avec l'image que renvoit la photographie de nature. Derrière les images il y a des circonstances de prises de vues, et certaines sont critiquables quand elles se situent à l'opposé de ce qu'elles renvoient sur le plan pictural et symbolique. Ainsi, derrière une image d'un animal baignant dans une scènee de quiétude, se cache quelquefois une démarche d'approche à la hussarde qui n'aura permis qu'une seule rafale à huit ou dix images/secondes, avant la fuite éperdue du sujet complètement affolé ! Ce n'est pas un problème de débutant mal informé, ou non accompagné dans une démarche initiatique, mais plutôt une manière de procéder qui paraît "rentable" pour ceux qui cherchent l'image avant toute autre considération. C'est un exemple parmi d'autres des dérives comportementales engendrées par la recherche d'images faciles et vite faites, qui permettent d'alimenter en flot continu les réseaux sociaux ou les forums. Bien entendu, tout cela n'est pas systématique et n'est pas le fait de tous les photographes, d'autant que la plupart des débutants agissent plus par ignorance que par principe, en fuyant presque systématiquement l'affût, souvent perçu comme une perte de temps.

Il est vrai que l'affût est incompatible avec l'état d'esprit de ceux qui veulent réussir vite ! Si l'activité favorite de beaucoup de photographes consiste en priorité à se trouver des précurseurs et à profiter le plus rapidement possible de leurs découvertes, il en est d'autres qui adoptent volontiers l'affût dans leur petit coin de nature, saisis par les émotions vécues au cours de ces moments d'attente et de contemplation, et convaincus par les résultats obtenus. Car contrairement à ce que pensent les billebaudeurs, on fait beaucoup plus d'images à l'affût qu'à l'approche : en situation statique la qualité des images est meilleure dans l'absolu, et les comportements observés sont beaucoup plus intéressants que les croupes d'animaux fuyants devant la découverte d'un intrus ! Bien entendu, l'approche/affût combinée peut donner de très bons résultats sur des territoires où l'on connaît parfaitement les comportements des animaux, et où l'on s'accorde un peu de mobilité pour obtenir des images particulières, avec des angles et des lumières que l'on n'a pas pu trouver à l'affût, faute de points de vue disponibles adéquats.

Il ne s'agit pas non plus de prétendre ici qu'il suffit de se mettre à l'affût pour réaliser d'emblée des images de faune sauvage : le répérage préalable et la connaissance des moeurs des espèces ciblées sont incontournables pour obtenir des résultats. Les connaissances naturalistes sont la clé d'entrée du monde dans lequel on veut s'immerger. Ainsi, traces et indices de présences, odeurs spécifiques et biotopes, vont devenir lisibles et interprétables pour celui qui prendra le temps de comprendre le monde naturel et de s'intéresser au moindre de ses habitants. Toutes les actions interspécifiques sont passionnantes à observer et rendent l'affût particulièrement enrichissant pour un photographe tapi dans l'ombre d'une lisière ou d'une roselière, complètement dissimulé et intégré à son environnement. Assister aux spectacles naturels de cette manière n'a plus rien à voir avec une démarche active de recherche d'images, où l'on risque fort de passer complètement à côté de l'essentiel : vivre de beaux moments de nature aux côtés de ses sujets de prédilection, avec égard et respect, faire oublier sa présence en demeurant passif et observer des comportements parfaitement naturels, sans parler des ambiances des extrémités du jour qui nous offrent des lumières extraordinaires.

L'affût n'est pas qu'une simple technique, c'est aussi un état d'esprit et une recherche d'émotions qui peuvent nous conduire à réflechir : par la mise en situation de contemplation qu'elle procure, cette démarche peut faire revenir un homme aux portes d'un monde d'où il n'aurait peut-être jamais dû s'extraire, car en s'élevant au dessus de sa condition naturelle n'est t'il pas devenu par la suite son propre problème ?

 

Ajouter un commentaire