L'herbe est t'elle réellement plus verte ailleurs ?

  • Le 11/05/2022
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Dans le bocage de mon enfance on avait coutume de dire que si les vaches passent sous les clôtures, c'est parce que l'herbe est plus verte chez le voisin !

Dans le petit monde de l'image de nature il semble que ce viel adage soit en passe de reverdir ! Aujourd'hui les photographes se marquent à la culotte afin de se succéder sur les plus grands spots naturels mondiaux : qui sera le premier à présenter des images de telle ou telle espèce à un concours prestigieux, ou à médiatiser la dernière rareté planétaire ?  Le fantasme de la notoriété fait des dégats, et pas que chez les grands photographes:   sur les forums et les réseaux sociaux on assiste à des déversements de clichés redondants, issus des mêmes affûts payants et des mêmes spots hyper fréquentés, où l'on reconnaît les branches, les supports, et les décors dans lesquels les animaux évoluent. Ces sites de prise de vue sont de véritables miroirs aux alouettes pour ceux qui pensent en revenir avec des images originales : nous les avons déjà toutes vues et revues, et depuis plus d'une trentaine d'années pour certaines !

Alors faut t'il absolument voyager pour s'émerveiller d'un spectacle naturel, n'y a t'il pas autour de chez soi une espèce sauvage digne d'être mise en image, ou des ambiances et des lumières qui forcent l'admiration ? A croire que non, si l'on écoute ceux qui ne rêvent que de la chouette harfang, des ours d'alaska, et du confort des affûts payants espagnols, hongrois, ou finlandais. Le bonheur semble atteignable à ce prix et c'est suffisant pour la plupart des photographes, se poser ensuite la question de l'originalité des images reste superflu. L'engouement pour les espèces exotiques fait oublier que ce qui fait l'attrait pour une belle image de nature ce n'est pas que l'inaccessibilité d'une espèce, sa rareté, ou sa morphologie remarquable.  Derrière certaines images de faune sauvage locale se cachent de beaux moments de communion naturelle, où le photographe aura vécu sa quête comme l'aboutissement d'une démarche naturaliste complexe, qui aura nécéssité beaucoup d'investissement personnel et d'abnégation avant de réussir.

Pour ma part, je pense que bien connaître les espèces sauvages qui nous entourent est important, car elles ont plus que jamais besoin de notre protection : rien ne semble plus banal qu'un triton alpestre ou une grenouille agile, pourtant ces animaux sont en passe de disparaitre parce qu'on s'intéresse moins à eux qu'aux ours blancs de l'arctique. Pas besoin de voyager loin pour se rendre compte que les mares, les haies, et les talus, ont été rasées par les pelles mécaniques, et qu'observer une couleuvre à collier ou un lézard vert est devenu compliqué en certains endroits. Pourtant, ces espèces observées et photographiées dans leurs environnements encore intacts, sont une source de bonheur et d'émotion intense pour un naturaliste. Je souhaite à tous de vivre ces moments simples, au détour du petit bois ou de la mare du coin, et de découvrir des voisins encore libres et sauvages...

 

 

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