La photographie de nature au service de la biodiversité : Mythe ou réalité ?

  • Par reboux
  • Le 28/10/2014
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La question qui fâche : le voeu de tout photographe de nature est-t'il de croire que ses images vont changer la façon dont on regardera le monde naturel ?

Qu'en est-t'il réellement ?

Tout d'abord, je pense que dans notre monde moderne, où l'utilisation de l'image est devenue incontournable, nul ne peut prétendre se passer de ce mode de communication sans courir le risque de voir son message sombrer dans le néant !

D'autre part, et s'agissant des motivations des photographes de nature, on ne peut que constater l'existence d'un décalage entre les discours de circonstance affichés par ces derniers, et une réalité sociétale qui consiste à chercher de la reconnaissance, en utilisant tous les moyens mis à sa disposition pour y parvenir.Cela va de l'utilisation des forums communautaires, des réseaux sociaux, de la presse, de l'internet, jusqu'aux concours photos. Il est certain que jamais une personne souhaitant faire passer un message militant n'a eu autant de moyens à sa disposition.

Pourtant on est en droit  de se poser la question suivante : la biodiversité a t'elle bénéficié de cet engouement pour la pratique de l'image de nature ? A ce stade, je n'en suis pas du tout certain:  car on confond bien souvent l'amélioration des connaissances générales du grand public concernant les espèces faunistiques et floristiques, avec la prise de conscience tant attendue de laquelle découlerait un regard bienveillant à l'égard des espèces et des biotopes qui sont sous sa responsabilité.

D'autre part, toute la biodiversité ne profite pas de cette "grosse" communication, car il y a des "laissés pour compte": paradoxalement les espèces locales les plus sensibles, comme les reptiles et les amphibiens, qui continuent de disparaître sous nos yeux dans l'indifférence presque générale, et qui semblent peu représentatifs de l'image de nature "valorisante"pour les auteurs.

Si l'on rajoute une quête effrenée d'images originales, justifiant des comportements décalés par rapport aux motivations originelles des uns et des autres ( images faites en parcs, affûts payants, hot spots etc...), on arrive vite à un constat qui peut sembler négatif.

L'évolution de l'activité a été accélérée avec l'avènement du numérique et de l'internet : car faire des images de faune sauvage est aujourd'hui possible pour des "non-spécialistes", comme une simple activité de loisir, chose qui a toujours existé bien sûr, mais qui était freinée par le coût prohibitif du matériel de prise de vue. C'était surtout vrai du temps de la technologie argentique, où le coût de la diapositive et de la pellicule avait un sens, et où l'investissement en matériel ne se justifiait que pour des personnes particulièrement engagées dans la démarche.

Aujourd'hui, le prix du matériel s'est fortement démocratisé et le coût direct de l'image est nul, ou du moins le croit t'on ! Car peu de gens calculent réellement le prix de revient de leurs images.En réalité c'est toujours une activité très coûteuse, lorsque l'on prend en compte tous les éléments de la chaîne de l'image, et surtout leur pérpétuel renouvellement, savamment orchestrés par les marques et justifié par leurs avancées technologiques.

Mais les priorités individuelles ont changé : une société consumériste où les valeurs relatives au travail ont migré vers celles du temps consacré aux loisirs, admet volontiers qu'une part plus grande de son budget soit dédiée à des hobbies coûteux, comme celui de la photographie de nature ( typiquement ce qu'on voit le plus souvent, c'est l'achat d'un 500mm et d'un boitier pro, le tout d'une valeur neuve de 15000 euros, pour quelqu'un qui ne s'en servira que pour faire quelques images de piafs à la mangeoire le week-end, ou pendant ses congés dans les observatoires des parcs...).

Une nouvelle vague de photographes est arrivée à la nature par l'image et pour la représentation qu'ils en ont eu à travers les réseaux sociaux, les forums, les concours et les médias. Libre à chacun de porter un jugement de valeur sur leur démarche, qui pour moi ne diffère en rien de celle de la majorité de nos prédécesseurs, mise à part le fait que la toile rend fainéant et que l'on ne cherche plus forcément ses sujets dans la nature mais aussi sur les écrans, à travers les informations qui permettent de découvrir les spots de pdv.

Ce qui peut aussi donner lieu à des constats assez étonnants, comme de voir des personnes qui publient des images sans même connaître précisément le simple nom vernaculaire de l'espèce qu'ils ont photographié ! Ce qui était plus rare par le passé, car il fallait s'investir un minimum dans la connaissance des espèces pour trouver ses sujets. C'est d'ailleurs assez paradoxal de voir ce genre de situation perdurer aujourd'hui, alors que la toile permet de trouver des informations sur les espèces assez facilement.

Grâce aux images, et aux informations qui les ont accompagné, je pense que l'on a avancé globalement dans une meilleure connaissance des équilibres naturels et des espèces, mais je crois que la notion de maintien de la biodiversité reste encore vague pour un nombre important de nos contemporains, préoccupés par d'autres impératifs, plus économiques qu'écologiques.

 

BLOG biodiversité et photographie.

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