Le brame : la belle affaire...

Le brame occupe une place importante dans mes rendez-vous annuels : il est vrai qu'à l'instar du rut du chevreuil, c'est un véritable "marronnier"pour un photographe de nature !

Quarante brames...Ce n'est pas rien en terme d'expérience, et ça donne envie de faire un point sur cet évènement particulier : si aujourd'hui les cerfs sont beaucoup plus nombreux en France qu'il y a quarante ans, ils ne sont pas pour cela plus faciles à photographier. C'est un premier constat : car s'il suffisait qu'il y ait beaucoup de cerfs pour faire facilement des images, cela se saurait ! Malheureusement la quantité de cerfs a augmenté en même temps que le nombre d'amateurs d'images, ce qui a pour conséquence de rendre plus difficile la découverte de secteurs tranquilles pour réaliser des observations et des clichés. Tous les endroits faciles d'accès, privés ou publics, sont envahis dès le lever du jour, et même quelquefois bien avant, par des gens pressés de faire quelques images : inutile de préciser que, dans ces cas là, les précautions d'usages ne sont pas respectées...Ainsi, les approches en vêtements de ville, le vent dans le dos et au pas de charge, sont absolument étonnantes à observer : ça en serait presque comique si cela ne ruinait pas l'affût du naturaliste dissimulé à la lisière du bois.

Ces observations de comportements décalés sont l'occasion de chercher à comprendre les motivations des personnes qui s'y adonnent : est-ce par ignorance ou par insouciance que ces gens se ruent sans aucune précaution vers les cerfs en rut ?

Sans doute les deux, car il est impensable de voir quelqu'un qui serait informé correctement sur les moeurs des cervidés procéder de cette manière ! C'est suicidaire d'un point de vue opérationnel : se ruer ainsi à découvert vers les animaux dans l'obscurité est inefficace, autant pour celui qui cherche à faire des images de qualité, que pour celui qui cherche simplement à profiter du spectacle des cerfs en rut. Car ces tentavives se soldent immanquablement par la fuite des hardes et par une bouillie de pixels bruitée dans les cartes mémoires des appareil photo.

Force est donc de constater que le siècle ne se prête guère à la recherche des moments calmes et de la poésie qui les accompagne, mais plutôt à une quête effrénée de tout ce qui pourra faire du "buzz" sur les réseaux sociaux : être le premier à poster une image d'actualité, sans aucune notion de qualité ni d'éthique, mais vite fait si possible, car il faut absolument combler l'absence de reconnaissance qui fait généralement ressembler le second posteur d'un même sujet à un "poulidor" du genre...Pauvres de nous, pauvres posteurs...

Cela dit, pour de nombreux photographes le brame est le seul moment de l'année où les cerfs sont accessibles : non seulement ils se signalent d'eux-même en poussant leur cris rageurs, mais ils sont en plus nettement moins méfiants qu'à l'accoutumé, absorbés par la fièvre du rut. En dehors de cette courte période, les cerfs mâles sont très discrets et assez difficiles à mettre en images, on comprend mieux la véritable ruée de photographes que provoque le brame !

Cette année lors d'une soirée d'affût à la lisère d'un bois, j'ai vu arriver dans mon dos une famille de six personnes qui s'est installée en silence et dans le plus grand calme, juste avant la sortie des cerfs sur une prairie : ils ont bien profité du spectacle, pendant plus d'une heure, et ont attendu l'obscurité pour repartir sans déranger les animaux. Je suis certain que les enfants qui ont partagé cet affût avec leurs parents auront des choses à raconter lorsqu'on leur parlera du brame du cerf.

 

 

 

 
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