Une éthique pour la photographie de nature ?

Fixer des règles pour les activités humaines a toujours été d'actualité, et même dans certains cas absolument nécessaire pour que l'activité puisse perdurer ( code de la route, etc...) !

Dans un domaine comme celui de la photographie de nature cela a pu sembler inutile jusqu'à ces dernières années, car avant "internet" la nature des relations entretenues par les photographes avec leurs sujets demeurait relativement confidentielle.

Pourtant, il s'avère qu'aujourd'hui, notamment à cause du nombre grandissant de néo-pratiquants, des problèmes surviennent régulièrement : sur-fréquentations de sites naturels sensibles, squattages massifs d'observatoires, et comportements ineptes de photographes peu scrupuleux sur la manière d'obtenir des images.

Ne nions pas que ces comportements aient jamais existé par le passé, mais ils restaient marginaux du fait de la confidentialité de l'activité, et en tout cas n'étaient pas médiatisés aussi largement et rapidement qu'aujourd'hui.

Pour briller sur un forum communautaire, pour commercialiser son livre, ou pour voir ses images publiées, tout à chacun peut éventuellement se laisser tenter par l'obtention d'images "faciles", réalisées sur des spots connus, dans des affûts payants, à l'occasion de safaris organisés, ou dans des parcs animaliers aménagés pour les photographes. Rien de quoi justifier jusqu'ici le respect d'une quelconque éthique, puisqu'aucune règle particulière n'est transgressée !

En fait, les polémiques, lorsqu'elles surviennent, tournent autour du problème suivant : les images obtenues de cette manière seront estampillées "image de nature", tout comme celle du photographe qui aura fait les siennes dans la nature, en mettant en oeuvre ses propres capacités et connaissances naturalistes pour y parvenir.

Soyons clairs : souvent rien ne permet de distinguer sur des images bien faites, celles qui sont issues d'une quête naturaliste de celles qui sont obtenues "facilement", et puis rien n'interdit à quelqu'un de faire ses images là où il l'entend !

Par contre, certaines pratiques utilisées dans des affûts payants ou sur des hot spots, sont carrément dangereuses pour les espèces visées : c'est le cas pour les poissons flottants fourrés au polystyrène que l'on jette aux pygargues, et dont on feint d'ignorer les dégâts qu'ils peuvent commettre en cas d'ingestion ! Les truites "arc en ciel" d'élevage nourries aux granulés ( quelquefois baptisée "saumons"par certains photographes peu à cheval sur la systématique !) que l'on offre aux balbuzards dans les bassines des affûts payants.Tout comme les chouettes harfangs et lapones, appâtées à la souris vivante jetée à la canne à pêche sur la neige, de manière à attirer les rapaces en vol vers les photographes ! En dehors du fait que l'on martyrise une souris, que l'on traîne sur la neige par un fil à la patte, on ne s'inquiète guère de savoir quelles conséquences va avoir cet apport massif et régulier de nourriture artificielle sur le futur comportement des ces oiseaux : vont t' ils déserter d'autres sites de chasse où leur absence de prédation aura un impact sur l'équilibre l'environnemental, que risquent t'ils une fois regroupés ainsi si personne ne vient plus les nourrir, que génèrera ce regroupement d'oiseaux en terme de propagation de germes, bactéries et virus, qui finissent de s'aglutinner sur les poteaux perchoirs, et surtout quelle conséquence aura cette proximité forcée pour des oiseaux habituellement solitaires hors période de reproduction ? Enfin, et c'est valable pour tous les appâts carnés, quels qu'ils soient : ont t'ils un impact dans le temps sur la santé d'espèces sauvages qui ne consomment normalement pas d'animaux issus d'élevages intensifs, dont on connaît les inconvénients: sélection génétique, nourriture industrielle médicamenteuse, animaux malades ou porteurs de germes, et j'en passe !

On est tenté de penser que tout cela reste marginal et que ça permet même à certaines espèces de prédateurs sauvages de survivre : sauf que ces installations et ces pratiques se multipient, en même temps que le nombre de pratiquants augmente ! Tous les gens de terrain savent bien que les risques d'imprégnation pour les animaux sauvages ainsi nourris sont bien réels. La loi de la prédation est la même pour toutes les espèces : elle s'exerce en priorité sur les proies les plus faciles. Les ours nourris sur des charniers peuvent devenir dangereux pour les humains ( voir les exemples aux USA ), les rapaces imprégnés n'ont plus peur de s'approcher des hommes, des élevages ou des piscultures, et ils risquent d'y causer des problèmes qui se solderont bien souvent par leur destruction ! N'oublions pas que les détracteurs de la faune sauvage sont représentés par de puissants lobbies, très actifs auprès de nos hommes politiques, et que des prétextes pour éradiquer les prédateurs, ou les espèces générant des "dégâts", sont recherchés par tout un tas de groupes de pression ( chasse, agriculture, sylviculture, pisciculture,etc..).

En se fixant une éthique personnelle et en choisissant de ne pas pratiquer de telle ou telle manière, on ne contribuera pas à créer ces justifications : car il y a une différence entre donner quelques kilos de graines à des passereaux pour les aider à passer le moment le plus difficile de l'hiver, et un nourrissage massif et régulier d'espèces carnivores prédatrices !

Je me souviens d'une expérience personnelle particulièrement pénible : j'avais jeté quelques croquettes pour chats à un renardeau curieux venu jusqu'à ma porte. Mal m'en a pris, quelques jours plus tard mon voisin l'a tué alors qu'il se trouvait à ses pieds, imaginant sans doute que tous les hommes portent le même regard sur la biodiversité...

 

 

 
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